dimanche 12 février 2017

Agnosie sociale

ce texte est la version blog d'une série de tweets publiés le 01/02/2017. Comme souvent avec tweeter, les notions de neurologie décrites ici sont simplifiées à l’extrême et ne sont pas sourcées. Si vous cherchez un texte scientifique avec la biblio, ceci ne répondra pas à vos attentes.


Si vous voulez faire les malins en société avec l'actualité, et notamment les notions de perception de justice, injustice, privilège ou dû, voici quelques notions de bases (rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger de notions de neuro extrêmes). Afin que vous ne soyez pas déçus, je ne vais pas vous dire non plus qu'il existe des valeurs morales que la neurologie saurait expliquer. Le neurologie c'est des neurones, pas de la philo.

lundi 6 février 2017

Céphalées de novo




Alors histoire de vous rassurer, si on parle de céphalée de novo et pas de céphalée depuis un jour, un mois, un an, c'est parce que l'expérience (argument d'autorité dont il faudra vous contenter) montre que ce qui compte ce n'est pas l'ancienneté réelle, mais le seuil au-delà duquel le patient s'inquiété. Pour le reformule : une céphalée est inhabituelle si le patient le dit. 

Bon, une fois qu'on est d'accord avec ce principe, on va décomposer ça en deux gros morceaux : les céphalées où on s'inquiète tout de suite, et celles où on attend de voir ce qui va se passer. Les premières sont logiquement appelées céphalées secondaires, et les secondes primaires (la neurologie c'est toujours logique ne l'oublions jamais).


mercredi 18 janvier 2017

Intolérance à l'effort



Sous ses airs lisses, son sourire à peine esquissé et ses propos ternes, Jean Raoul a une imagination riche, quoique confuse. Là par exemple il se rêve en Légionnaire romain dans le froid et la neige Calédonienne ou en Stormtrooper envahissant Hoth. Cette image de Stormtrooper légionnaire antique lui vient spontanément à l'esprit à chacun de ses voyages. Il s'est ainsi déjà imaginé être dans les marécages rhénans comme sur Dagobah, ou encore dans le désert de l’Atlas comme sur Jakku. Le point commun à ces rêvasseries est la confrontation d'un homme armé de sa seule endurance physiologique, ou au contraire avec l'aide d'un exosquelette, à un milieu naturel hostile. Si les pensées de Jean Raoul vous semblent étranges, c'est qu'il vous manque une partie de l'histoire. Depuis tout petit, Jean Raoul est mauvais en sport. Si vous l'interrogez il le revendique en vous disant qu’il n’aime pas la compétition et que ses profs étaient nuls, mais lui, les rares fois où il y pense, il sait que c'est faux. Il n’a rien contre le sport, il aime voyager et aimerait pouvoir randonner, il aimerait aussi faire partie d'un club sportif car c'est un garçon social, mais malgré tous ses efforts, il n'est pas fait pour ça. Depuis les cours de gym de l'école jusqu'à maintenant, et malgré plusieurs tentatives, il n'a jamais réussi à passer au-delà de la fatigabilité qu'on ressent lorsqu'on on commence à s'entraîner. Que l'effort soit brusque comme lors d'un sprint ou lors d'une partie de badminton, ou plus doux comme à vélo ou en randonnée, il a vite des crampes et ne trouve jamais le fameux second souffle. Cette inaptitude lui pèse d'autant plus que l'image de type qui ne veut jamais rien faire lui colle à la peau. Alors pour compenser, il rêve.

Et puis un jour, en perdant (comme vous en ce moment) son temps sur internet, il tombe par hasard sur un article intitulé : Intolérance à l'effort ? Et si vous étiez malade ! Un peu surpris, notre héros s'interroge : se pourrait-il que son inaptitude ne soit pas le fruit du hasard ? Alors il décide de consulter et… le voilà devant vous !

mardi 3 janvier 2017

Pourquoi vos repas de famille sont pénibles.

Ce texte est la version tout-en-un d'un flood sur twitter publié le 23/12/2016





C'est le 23 décembre et certains d'entre vous, derrière le joie qui les submerge, ont dans leur champs de conscience un petit clignotant rouge qui pulse de façon insistante bien que muette. Une sensation de danger mal cerné dont vous percevez l'imminence...quelque chose de flou et de très présent. Quelque chose comme ça mais sans la bave.


Ce quelque chose c'est la certitude de passer une partie de ces soirées de fêtes avec votre tonton/tata/cousin/bellemummy/etc... Qui a des idées sur tout, sauf que c'est pas les vôtres, et que votre bonne éducation vous empêche de gifler avec mépris.

Alors pour vous faire patienter, voila quelques éléments de neurologie (à vous repasser dans la tête pendant que vous jouez avec la purée). Ça vous aidera à comprendre (sous toute réserve d'absence de cas particulier) d'où viennent de les propos de votre, hélas, proche.


la neurologie de l'opinion

Ce billet est la version tout-en-un d'un flood publié sur twitter publié le 11/12/2016



Tiens, puisque plein de gens ont pleins d'opinions sur le pourquoi du comment de ce qui se passe dans le monde, voila deux, trois, trucs de neurologie. Ou plutôt des faits et des biais, avec une grosse astérisque : je ne vais pas vous donner de références, on n'est pas dans un article scientifique. Mais les éléments cités peuvent se retrouver facilement sur pubmed.


un peu de dégénérescence

cet article est la version tout-en-un d'un flood publié sur Twitter le 21/12/2016




Un peu de science fondamentale ? Allez, dites oui ! J'ai un trou dans mon planning d'EEG. Non ? Tant pis, j'en cause quand même. N'ayez pas peur, ça commence par des notions un poil obscures mais ça devrait vous paraître clair vers le milieu du texte même si vous ne comprenez rien à la neurologie.

Quand on tente d'expliquer les maladies neuro-dégénératives au sens large aux non neurologues (et même à eux en fait), une des remarques qui revient le plus souvent est : "...comment peut-on retrouver la même lésion cellulaire dans des maladies qui n'ont cliniquement pas beaucoup de points communs ? Et comment une paralysie supra nucléaire progressive (PSP), qui donne un syndrome extra-pyramidal, des atteintes du tronc cérébrale et une dysautonomie (sans parler des troubles cognitifs), peut-elle avoir des lésions plus proches de la maladie d'Alzheimer que de la maladie de Parkinson, alors qu'il y'a très peu de troubles mnésiques au début de la PSP et que le syndrome parkinsonien est au premier plan ?"
L'autre question qui revient souvent est : "Commet se fait-il que tous les neurones présentent à un moment donné des signes de dégénérescence alors que cliniquement seules quelques fonctions semblent atteintes (exemple typique de la maladie d’Alzheimer) ?"
Et avec nos collègues gériatres s'ajoute une troisième question :"pourquoi la plupart des neurologues se moquent des anticholinestérasiques dans la maladie d'Alzheimer tout en continuant d'en prescrire dans la maladie de Parkinson ?"


samedi 3 décembre 2016

Numéro spécial Noel 2016

Deck the halls with boughs of holly
Fa la la la la la la la la 




C'est Nöel, c'est l'hiver, le grands sapins verts ploient sous la neige scintillante pendant que votre maison sent bon la cannelle et le chocolat chaud. Vous accrochez les guirlandes colorées au sapin et des petites créatures piaillent en cassant les boules.
Pour vous occuper voici non pas un, non pas deux, mais 
quatre jeux neurologiques inutiles pour les fêtes.

samedi 22 octobre 2016

Arva vacua



Je ne connais pas assez les autres spécialités, mais pour ce qui est de la mienne, aucun neurologue à ma connaissance ne peut affirmer en connaître toute l'étendue.
Comprenons-nous bien, ceci ne signifie pas seulement "ne pas être bon" dans chaque sur spécialité (Parkinson, épileptologie, vasculaire), cela veut dire ne réellement pas connaitre certains domaines….même pas un peu. Quand je dis ça à des non neurologues ils sont assez surpris et se demandent ce qui peut justifier cette affirmation d'une inculture assumée sans stress. Cela tient à la neuro anatomie. Le grand bluff des études médicales c'est de présenter le système le système nerveux, et le cerveau en particulier, commun un organe (certes un peu complexe). En fait il n'y a rien de plus faux.


samedi 15 octobre 2016

Violence et agressivité.





Ces deux états émotionnels sont complexes, d'autant plus qu'un nombre incalculable d'auteurs n'ayant aucune culture médicale ont des avis bien tranchés sur la question. Je n'ai rien contre les psychanalystes (en fait contre eux, si), les philosophes (eux c'est plutôt un conseil : la drogue c'est mal), les sociologues, les ethnologues ou les coachs en management du conflit, mais soyons honnêtes, ce n'est pas parce que j'aime les sushis que ça me qualifie pour discuter de l'art de la poésie dans la région d'Okinawa au XIIe siècle.

Alors pour ne pas laisser dire tout et n'importe quoi par n'importe qui, voyons les bases.


jeudi 13 octobre 2016

Vertiges

"...Une partie de son cerveau lui disait qu'il savait parfaitement bien ce qu'il était en train de contempler et ce que représentaient ces formes, tandis qu'une autre refusait au nom de la raison d'embrasser pareille idée et abdiquait toute responsabilité en cas de poursuite de la réflexion dans ce sens..." - Douglas Adams - Guide du routard galactique -



Une des questions philosophiques les plus débattues en ce début du XXI e siècle est sans conteste celle de savoir s'il vaut mieux être bi-classé ou atteindre des niveaux légendaires dans une seule classe (si vous ne comprenez rien à cette introduction, passez directement au début du billet). Evidemment ce débat est complexe, et ce d'autant plus que la nature interdit certaines combinaisons. Dans l'univers d'ADD2(si si, y en a encore qui y jouent), être Paladin barre la route à la nécromancie, tout comme dans l'univers alternatif dans lequel nous vivons, dermatologue barre la route à l'orthopédie. Il y'a à l'inverse des classes proches : clerc / magicien ou anesthésie / réa, et enfin des combinaisons très difficiles à jouer au début mais qui provoquent une grande admiration à haut niveau : clerc / guerrier ou neuro / ORL. J'ai un immense respect pour les neuroORL (et pour les neuroOphtalmos) principalement parce qu'ils étudient des fonctions cérébrales dont personne au sein de neuros ou des ORL n'a ne serait-ce que le début d'une vague idée de ce à quoi elle peuvent servir, sans même parler de leur localisation anatomique.
Dans cet ensemble mystérieux, il y'a tout un tas de phénomènes dont vous n'entendrez jamais parler, et puis il y a les VERTIGES. Notons qu'écrire VERTIGE en majuscule est indispensable pour traduire le fait que pour un neurologue, voir passer une demande d'avis pour VERTIGE déclenche deux phénomènes : sous le choc, le premier réflexe est de dire :"allez voir un ORL", et, lorsque la réponse est :"l'ORL a dit que c'était central", insulter la création dans son ensemble. Bon bref on n'aime pas ça. Mais comme nous ne sommes pas les seuls à ne pas aimer, voilà un guide de survie face à un vertige, avec pour la peine, de la clinique, de la clinique et puis un peu de clinique…. Et un poil de neuroanatomie parce que tout neurologue a une réputation d'incompréhensibilité à défendre.

samedi 1 octobre 2016

Concentré de plaisir



Solidement campé sur ses deux jambes, les bras croisés, la nuque tendue, les yeux rougis par l'effort de concentration qui bloque ses clignements de paupières, monsieur Jean regarde fixement l'écran de la télé. Cet après-midi monsieur Jean veut replanter son gazon que la sécheresse de l'été a ravagé, et qui se résume pour l'instant à un espace plan couvert d'un tapis desséché de brins fillasses marrons. Et comme tout le monde le sait, il ne fait pas planter par temps de pluie. Et monsieur Jean lui, il ne veut pas de la pluie. Alors Jean il fixe la télé pour voir le temps qu'il fait. Si Jean est tendu, ce n'est pas simplement parce qu'il acheté une boite de semences "pelouse pour terrain de sport" alors qu'il voulait acheter une boîte "pelouse pour activité intensive", et qu'il se demande si l'herbe sera identique… C'est aussi parce que ça fait trois fois qu'il regarde le bulletin météo sur la chaîne d'infos continues que diffuse sa télé, sans réussir à se souvenir de l'info météo.

Entre nous, il a toujours été comme ça monsieur Jean. Il y a des trucs dont il ne réussit jamais à se souvenir, même quand c'est important. Et on ne parle pas simplement des clés qu'il ne trouve pas le matin, de la voiture dont parfois il oublie le lieu où elle est garée, le chèque mis sur la table de la cuisine qu'il oublie d'envoyer, la boîte de croquettes pour girafe à poils longs qu'il oublie d'acheter… On parle aussi de trucs hyper importants, comme dans son job d’agent logistique dans une entreprise de vente en ligne, où il doit collecter des articles dans des rayons, afin de préparer une commande. Pourtant, quand il bosse, tout est fait pour que monsieur Jean ne se trompe pas : il a un nom désignant l'article avec une adresse et un code barre. Monsieur Jean doit prendre l'article à l'emplacement indiqué, scanner le code-barres de l'objet, scanner le code-barres de la liste, et si les deux concordent placer l'objet dans un panier avant de chercher le suivant inscrit sur la liste. Le risque d'erreur est nul puisque l'objet est clairement identifié, que monsieur Jean est obligé de regarder ce qu'il prend, et qu'en cas d'erreur, lors de la double vérification des codes-barres, une alarme retentit si les deux références ne concordent pas. Et pourtant Monsieur Jean continue à se tromper plusieurs fois par mois. Et sans une deuxième vérification de la concordance des deux codes-barres par un autre collègue juste avant l'expédition, il est probable qu'un nombre important de clients de son entreprise se verraient expédier un livre sur la reproduction des pingouins à la place de la version "livre à colorier" de la critique de la raison pure.

Monsieur Jean se rassure comme il peut en se disant qu'il n'est pas le seul. D'ailleurs le taux d'erreur dans son entreprise avoisine le pourcent, et sa direction cherche désespérément un moyen de le réduire pour augmenter la productivité. Ils ont d'ailleurs tout essayé sans succès : la coercition (une diminution d'une prime à chaque erreur commise), la récompense (une augmentation de la prime pour chaque période de travail sans erreur), l'émulation (l'employé du mois sans erreur), et même le jeu (une récompense instantanée et de valeur croissante au-delàs d'un nombre aléatoire de scan de codes-barres concordants). Mais rien n'y fait, il existe toujours un taux d'erreur incompressible.

Je ne doute pas un instant que vous trouviez cette histoire fascinante, mais peut-être vous demandez-vous quel est le lien avec la neurologie. C'est simple, cette histoire évoque le problème de nos capacités ou plutôt de notre incapacité de concentration.

vendredi 9 septembre 2016

Guide de l'examen neurologique péripherique (beta)



cet article est une version beta, cette introduction aussi. J'ai déjà publié plusieurs articles sur l'anatomie du plexus brachial ou sur l'examen des membres. Je suis très content de ces articles (y'a pas de mal à se congratuler), mais en pratique ils ne sont pas réellement utilisables au quotidien. Pour le dire autrement, ils sont pas mal pour qui veut réviser de l'anatomie, mais ils ne permettent pas de répondre à la question pratique : si je constate ceci, à quoi dois-je penser et où chercher le problème avec quels examens complémentaires.

Ce nouvel article, quand il sera terminé devrait améliorer les choses avec des infos très pratiques. Sa rédaction risque d’être longue, essentiellement parce que je même si la plupart des schémas anatomiques datent d'une période où j'vais le temps de dessiner, certains manquent et je dois les refaire. Et ça, c'est long. D'un autre côté, l'avantage d'un blog c'est de ne pas avoir de contraintes de temps.

En résumé, si vous tombez sur cet article, allez voir, c'est rigolo, mais tant qu'il ne sera pas sorti de sa version beta, il vous servira surtout à me faire, si ça vous amuse, des commentaires.


lundi 29 août 2016

Neuro gériatrie II - Accidents vasculaires ischémiques


Ce billet fait partie d'une longue série consacrée à la gériatrie dont vous pouvez trouver les chapitres précédents ici :

Chapitre I - démence et mouvements.
http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2016/08/neuro-geriatrie-i-demences-et-mouvements.html

2.3 AVC ischémiques

2.3.1 Avant de commencer

Les accidents vasculaires cérébraux, chez le sujet âgé ou non, sont une anomalie en neurologie. La neurologie est la discipline à la complexité diagnostique inversement proportionnelle à la diversité thérapeutique. Les AVC en sont le parfait contre-exemple. Le diagnostic clinique mobilise un cinquantième de seconde d'esprit de neurologue (ce n'est pas une image, c'est la fréquence de l'horloge interne chez les humains, on ne peut pas aller plus vite), et dix minutes de temps de radiologue (le temps pour lui d'attendre que son IRM lui affiche ses séquences). La diversité thérapeutique est par contre foisonnante, ce qui permet à peu près à chacun de faire à peu près n'importe quoi. A cette diversité thérapeutique se greffe un facteur de confusion supplémentaire : les querelles byzantines des cardiologues pour savoir si telle nouvelle quadri association de molécules à l'utilité douteuse, est supérieure à leur utilisation séparée mais simultanée (et à l'utilité tout aussi douteuse). Pour le dire autrement la prévention secondaire des AVC ischémiques est devenue un chaos assez sauvage où il est difficile de faire le tri avec de l'EBM raisonnable.

lundi 22 août 2016

Neuro gériatrie I - Démences et mouvements.




La neurologie s’occupe d’un système dont certaines structures présentent l’inconvénient de refuser avec obstination leur renouvellement. Et pour être exact, les neurones sont les plus têtus dans ce domaine (on oublie les cellules souches endogènes, pour ce qu’elles servent, elles pourraient tout aussi bien se différencier en poils). En neurologie, on s’occupe donc de gériatrie cellulaire, avec chez un individu de 80 ans, des neurones et des axones qui ont le même âge (et même quelques mois de plus si on veut être précis). Les phénomènes qui permettent à ces neurones de s’adapter à leur âge, sont mal connus. Cette méconnaissance a comme principale conséquence, de ne pas permettre aux neuros de faire facilement la part des choses entre ce que l'on nomme parfois le vieillissement physiologique et la pathologie survenant chez un sujet âgé.

Alors il se peut que vous vous disiez que cette question est purement rhétorique, puisque de facto, en cas de troubles neurologiques chez un patient de plus de 80 ans, on va se donner les moyens diagnostiques compatibles avec son pronostic, et les moyens thérapeutiques, quand ils existent, compatibles avec son état général. Dans cette démarche, savoir si une épilepsie est par exemple secondaire à une lésion vasculaire ou une maladie dégénérative, ne change pas grand-chose dans sa prise en charge globale.

Ce billet pourrait donc s'arrêter là.

Sauf que dans la phrase :"… les moyens diagnostiques compatibles avec son pronostic, et les moyens thérapeutiques, quand ils existent, compatibles avec son état général…", il peut arriver que certains (pas vous hein ! Uniquement certains) aient du mal avec les termes "pronostique" et le "compatible". Pour le dire autrement, le bénéfice / risque du diagnostic et de l'éventuelle thérapeutique est parfois un peu flou. Et c'est bien dommage que ce soit flou, parce que justement, à ces âges-là, il arrive plus fréquemment qu'à d'autres que le patient et/ou la famille vous demande si ce que vous proposez vaut vraiment le coup.

Cette série de billets va donc tenter de clarifier un peu la prise en charge neurologique chez le sujet âgé. Avant d'aller plus loin, première précision importante : qu’est-ce que "âgé". Les neurologues ayant une phobie des classifications rationnelles, je ne vais pas répondre à cette question. Du point de vue neurologique il n'y a aucune césure dans la vie d’un cerveau. Heureusement, les administratifs et autres statisticiens de tous poils ont pris les devants et vous allez voir que les limites d'âges varient selon les pathologies et les traitements selon ce subtil dosage de salive sur le doigt et de vitesse du vent auquel le dit doigt est exposé.

samedi 13 août 2016

Parkinson et soins intensifs



Vendredi 13/08 - 22 heures - un inconnu à la forme bactérienne** déguisé en chaton (@jaxsail pour le nommer), me demande si je peux écrire un billet de type fiche mémo du Parkinson en réa. Le défi est dans chaque mot : fiche mémo implique de la concision et je suis neurologue; Parkinson en réa implique de parler de réa, et je suis neurologue, je sais même pas où c'est; et enfin il me suggère de lui dire ce qui est connu en pratique, alors que.... je suis neurologue. Ma spécialité n'est pas typique de celles qui connaissent des choses pratiques.

Mais bon, comme je suis d'astreinte, j'ai rassemblé les documents que j'ai et je vous propose le texte qui suit, qui d'une certaine façon concerne toute personne qui prend en charge un patient parkinsonien.

jeudi 11 août 2016

hypotension orthostatique




Quartier générale secret de l'APHP, salle de réunion B-12 au 666 éme sous-sol.

Sous la lumière crue d'un scialytique grésillant, un membre des services informatiques bardé de badges, explique à une assemblée en pleine sieste, que si le nouveau logiciel de prescription ORBIS ne fonctionne pas, c'est principalement en raison du faible taux sanguin de midichloriens chez les médecins prescripteurs (contrairement aux PU).

Dans un recoin de la salle, resplendissante dans sa blouse blanche amidonnée à la colle forte, une femme, le regard clair, lit le Lancet neurology 2016;15:954-66. A ses côtés, un homme engoncé dans une blouse à la fois trop grande et trop petite, fixe une stylo bille quatre couleurs. Il essaie de le déplacer par la seule force de la force depuis deux heures, avec comme seul succès perceptible, un hemispasme facial. Découragé par ses vains effort, l'homme, Pierre, se retourne vers sa voisine. 



jeudi 14 juillet 2016

Guide de survie des traitements SEP 2016





Bon, je vois passer plein de tweets ou de demandes sur le blog pour savoir quoi dire en MG aux patients qui ont une SEP et à qui leur neuro propose des traitements de plus en plus nombreux et confidentiels dont il est impossible de se faire une idée en lisant le Vidal (ou LRP :D).

Alors voilà un mini guide de survie de ce qui se fait en pratique, sans rentrer dans certains débats byzantins sur les efficacités comparées ou les scores. C'est parce qu'il est inutile de le préciser que je le fais quand même : ce qui suit fait volontairement l'impasse sure des données essentielles présentent dans les RCP, il est donc inutile de s'en servir pour apprécier un cas particulier. 


Un merci particulier à @lenatrad qui s'est donnée la peine de convertir la série de tweets dont est issus ce texte...en texte. Sans elle il n'y aurait que l'image.

mardi 5 juillet 2016

le système hospitalier pour les gens pressés


*

S'il y a bien un sujet qui revient souvent sur la table (celle du dimanche en famille, ou du resto, ou chez soi par terre en train de jouer tranquillement), c'est la fameux : "oui mais vous à l'hôpital vous faites n'importe quoi avec les sous de nos impôts". Et à partir de ce thème vous avez des variations infinies sur la façon dont on devrait organiser le système de soin hospitalier, le "on" étant le médecin hospitalier que je suis. Et pour que je comprenne bien, j'ai droit à des exemples typiques comme :

- à l'hôpital machin on a des super chambres et les lits permettent de se mettre dans des positions que la morale réprouve, alors que dans l'hôpital truc, c'est tout nul, et tout ça pour le même prix.

- pourquoi vous faites pas comme à la clinique d'en face où on peut payer plus pour des services en plus. Eux ils ont tout compris.

- ou encore : "j'ai lu dans le journal que le directeur de l'hôpital s'est endetté en banque, quel gros blaireau, c'est depuis quand que les administrations vont chez le banquier".

Pendant des années j'ai expliqué (non en fait là je dis n'importe quoi, parce qu'en général je refuse d'aborder ce sujet), pendant des années donc, j'aurais pu essayer d'expliquer la complexité inouïe du machin. Mais c'est inutile parce que d'une part s'il existe des professeurs universitaires non médecins experts en systèmes de soins, c'est bien que les systèmes en question sont une source d'étude en eux-mêmes, et que d'autre part, les gens ne voient les choses qu'à travers leur problème personnel d'ordonnance à renouveler à 3 heures du matin ou de télé dans un chambre où on n'a pas le foot (ces deux exemples étant non seulement réels mais récents).

Mais comme ce sujet semble devenir un source d'intérêt de plus en plus fréquente dans mon entourage et chez les patients depuis quelques mois, je vais essayer de donner quelques explications avec comme défi de na pas parler de droit de la santé, d'organisations, d'ARS, où d'autres notions exotiques pour les non médecins. Avec un défi comme ça, il reste l'analogie avec quelque chose d'assez proche et qui parle à tout le monde. Point important, si vous êtes du genre à connaître l'intitulé exact du décret sur les GHT, passez votre chemin, le niveau de simplification de ce billet risque de vous provoquer un arrêt cardiaque.

mardi 28 juin 2016

Rééducation symptomatique



Il y'a la science, et il y a vous le lundi 16 heures par un temps de chien avec votre patient qui vous dit que tous les traitements que vous lui donnez sont bien sympas, mais ne répondent pas à ses besoins. Il y à vous, et un patient avec un trouble neuro qui prend son traitement avec une observance à faire pâlir d'envie le plus maniaque des attachés de recherche clinique, et qui vous dit que vous êtes nul. Bref il y la brillante réalité médicale de pubmed, et votre réalité toute pourrie qui n'intéresse personne à part vous et votre patient (et comme vous n'êtes ni l'un l'autre dans pubmed, tout le monde s'en tape).

Bref, il y'a la prise en charge optimale, et il y'a les traitements symptomatiques comme ceux que j'ai décrits dans le billet sur le sommeil des déments (http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2014/05/il-ne-dort-pas-le-sommeil-des-dements.html) , ou sur la maladie de Parkinson (http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2016/01/syndrome-parkinsonien-en-medecine.html) . Je vous propose ici (enfin plutôt ci-dessous) de voir quelles prises en charge proposer devant plusieurs situations neurologiques. Comme il est difficile d'utiliser un classement nosologique, je vais utiliser un classement symptomatique en utilisant la terminologie neuro (oui je sais, mais c'est quand même un peu mon job, j'ai toujours du mal à m'en passer). Dans ce billet on va surtout s'intéresser aux suites d'accidents vasculaires cérébraux (le contexte est important car il implique que les dégâts ont eu lieu en une ou plusieurs fois, mais que le processus lésionnel est interrompu, et que la plasticité cérébrale n'est pas compromise).

mardi 12 avril 2016

Pronostic des comas post arrêt cardiaque - un exemple de neuro-divination.



Un des Graal de la neuro-réa serait de pouvoir prédire l'avenir, en particulier le niveau de récupération cérébrale après un arrêt cardiaque. Très concrètement, quand un patient est comateux après un arrêt, les réanimateurs viennent nous voir avec cette question : "on peut s'attendre à une récupération, ou doit-on préparer la famille à une demande de greffe ?". En général la réponse est : "t'as qu'à attendre tu verras bien". Bien évidemment, le réanimateur ne se satisfait pas de cette réponse sibylline, et revient quotidiennement à l'attaque. Notez bien que dans cette histoire à trois (le patient, le neuro et le réa), il y a souvent deux autres acteurs: la famille et le médecin traitant. La première est angoissée, le deuxième est insuffisamment informé. Du coup, voilà le résumé d'un article du Lancet Neurology 2016;15: 597-609 qui fait le point sur le pronostic neurologique dans les cas des comas après arrêt cardiaque.