mercredi 21 juin 2017

Fiches médecins patients - Parkinson 2017

Suite à pas mal de demandes, on va essayer un nouveau truc : des fiches rapides (une page A4) pour résumer une maladie, un syndrome, une conduite à tenir. Ces fiches ont une version médicale pour les médecins et tous ceux qui s’intéressent aux soins, et une version grand publique, très simplifiée, souvent imagée, mais en essayant de ne rien déformer. Pour essayer ce nouveau format, je vous propose un fiche avec ses deux versions sur les syndromes extra pyramidaux.

Vous allez trouver successivement le texte pour les médecins, suivi d'un lien vers une version PDF, puis le texte grand public, lui aussi suivi d'un lien vers une version PDF.

Comme d'habitude, et surtout parce que c'est nouveau, n’hésitez pas à critiquer ces fiches (ici ou sur twitter), qui n'en sont qu'à leur version de test.


SYNDROMES PARKINSONIENS ET MALADIE DE PARKINSON
SYNTHÈSE MÉDICALE  version 1.0 - 2017

PHYSIOPATHOLOGIE

Ces deux tableaux cliniques résultent d’un dysfonctionnement du contrôle exercé par les noyaux gris centraux sur la voie motricité. Cliniquement on a une triade classique associant tremblements, rigidité extra pyramidale, akinésie. On ajoute à cette triade  des signes dit non moteurs dont l’apathie, la dysarthrie, l’hypophonie, l'insomnie, la constipation, la dysautonomie, les troubles cognitifs et les troubles du sommeil.
Les étiologies ne sont class es arbitrairement en trois catégories : dégénératives (dont certaines d'origine génétique), toxiques (avec une part importante de iatrogénie aux neuroleptiques et une forte suspicion de l’implication des pesticides), et vasculaire notamment en cas d’AVC des noyaux gris). Les causes dégénératives sont les plus fréquentes. Il y a débat sur le rôle pathologique de l’accumulation anormale de protéines dans les neurones dopaminergiques. Les plus souvent citées sont la  synucléine et la protéine tau d’où une nouvelle nomenclature distinguant synucleïnopathies et tauopathies.
Quelque soit le mécanisme, le résultat est soit le défaut de sécrétion de  Dopa par les neurones pré synaptiques, soit l’insensibilité à la Dopa des neurones post synaptiques. Dans le premier cas on parle de maladie de Parkinson, dans le deuxième de syndrome parkinsonien.

CLINIQUE ET EXAMENS COMPLÉMENTAIRES 

La clinique ne permet pas de distinguer ces deux entités en début de maladie. La maladie de Parkinson est dite pure en ce sens que tout signe atypique doit faire requalifier le diagnostic. On entend par signes atypiques soit des signes extrapyramidaux de survenue anormalement précoce comme les hallucinations (évocateurs de maladie à corps de Lewy), les troubles oculomoteurs (évocateurs de paralysie supranucléaire progressive), soit des signes non extrapyramidaux comme des signes cérébelleux ou pyramidaux (évocateurs de dégénérescence cortico basale ou d’atrophie multisystématisée). Cependant l’atypie la plus fiable est l'insensibilité à la L Dopa. Pour simplifier, on considère que tout syndrome extra pyramidal sensible à la L-Dopa est une maladie de Parkinson, et inversement, que la Dopa résistance traduit un syndrome parkinsonien (on parle parfois de syndrome Parkinson plus).
Aucun examen complémentaire de routine ne permet d’affiner le diagnostic. L’IRM n’est donc pas nécessaire mais permet d'éliminer un diagnostic différentiel (vasculaire principalement). Dans les cas plus complexes, une scintigraphie du DaT (communément appelé DAT-scan) permet indirectement de déterminer la déperdition en neurones dopaminergiques.

OPTIONS THÉRAPEUTIQUES

Le spectre thérapeutique s’est réduit depuis les années 2000. Si la L-Dopa a toujours été le traitement le plus efficace, entre les années 1970 et 2000 des inquiétudes sont apparues sur un risque de toxicité, avec comme conséquence l’apparition précoce d’un effet indésirable grave : le dyskinésies (mouvement anormaux incontrôlables pouvant entraîner chutes et traumatismes). Afin de réduire ce risque, sans toutefois l’annuler, une classe thérapeutique d’agonistes dopaminergiques a été mise au point. D'efficacité moindre, ces molécules devraient permettre de retarder l'introduction de L-Dopa en début de maladie. Cependant, à l’usage, cet effet protecteur s’est avéré inexistant et des effets indésirables spécifiques à cette classe ont été identifiés. Parmis eux les plus génant son le risque d'achats compulsifs, d’hypersexualité et de comprtements sans but (punding en anglais). Ils peuvent également provoquer des hallucinations et des troubles du sommeil (hypersomnies). En raison de leur faible efficacité et de leurs risques, la classe thérapeutique des agonistes est en cours d’abandon, seuls quelques patients en bénéficient encore dans des cas très particuliers.
Dans les cas évolués de maladie de Parkinson (et exclusivement dans cette forme), le spectre thérapeutique s’enrichit d’un agoniste particulier : l’Apomorphine. Cet agoniste a les même effets secondaires que les autres molécules de sa classe, mais c’est la seule molécule dont la galénique permet une administration qui ne soit pas per os. L’Apomorphine s'utilise en stylo ou pompe sous-cutané.
Pour être exhaustif, dans les formes débutantes, des IMAO de nouvelles génération (Rasagiline, Safinamide) et des agonistes transcutanés (Rotigotine) sont parfois proposés. Dans les formes évoluées, l'administration par gastrostomie de L-Dopa et la chirurgie de stimulation cérébrale profonde ont des indications restreintes. Concernant la chirurgie, elle est proposée à des patients de plus en plus jeunes, sans pour autant que cette technique ne prenne une place significative dans l’arsenal thérapeutique.
En dehors de ces traitements médicamenteux, réservés à la maladie de Parkinson, il est nécessaire de proposer dans la maladie et dans les syndromes Parkinsonien, une prise en charge de kinésithérapie motrice intensive (au moins quatre heures d'activité physique soutenue, avec ou sans kiné,  par semaine), puis, en fonction de l'évolution, d’ergothérapie et d'orthophonie.

version PDF : https://drive.google.com/file/d/0B49_alViJazmeENWTjliaWNQVGM/view?usp=sharing




SYNDROMES PARKINSONIENS ET MALADIE DE PARKINSON
SYNTHÈSE PATIENT ET FAMILLES - version 1.0 - 2017

DE QUOI PARLE-T-ON ?

Quand on a un problème de tremblement, de raideur et de lenteur on peut penser au Parkinson.

Sous ce nom se cachent deux entités qui n'ont rien à voir entre elles si ce n'est,  qu'une zone du cerveau qui sert de moteur aux  mouvement du corps, ne fonctionne plus. Le nom scientifique de cette zone est : noyaux gris centraux.

Par analogie, si on prend l'exemple d'une voiture qui n'avance pas, les deux hypothèses sont soit une panne d'essence, soit une casse du moteur. La façon la plus simple de faire la différence consiste à mettre de l'essence. Si la voiture redémarre c'est qu'elle était à sec, sinon il faut chercher une panne du moteur.

Quand on parle de Parkinson, on parle de la voiture qui n'avance pas. Si le problème est un manque d'essence, on parle de maladie de Parkinson. Si le problème vient du moteur, on parle de syndrome Parkinsonien. Ces deux entités sont souvent désignées par les médecins par le terme : syndrome extra pyramidal.

Toujours par analogie, l'essence se nomme L-Dopa. Un traitement par L-Dopa permet donc de distinguer les deux type de syndromes extra pyramidaux.

QUELS SONT LES SIGNES CLINIQUES ET QUELS EXAMENS DOIT-ON FAIRE ?

L'image classique du Parkinson (maladie et syndrome parkinsonien) est celle de tremblements qui disparaissent quand on fait un geste. Cette image est très incomplète. Les patients atteints de Parkinson peuvent trembler et, ou, avoir des raideurs des membres, et, ou, être lents. On peut donc vous parler de Parkinson alors qu’il n’y a aucun tremblement.

A ces signes classiques, peuvent s’ajouter avec une intensité variable, une constipation, des sensation de malaises lors du passage de la position couchée à la position debout, des difficultés d’élocution, des problèmes de sommeil et parfois des hallucinations.

Tous ces signes peuvent faire évoquer un syndrome extra pyramidal. En 2017, il n’existe pas d’examen de sang ou d’imagerie qui permette de voir comment fonctionnent les noyaux gris centraux. Cependant, pour éliminer d’autres diagnostics, les médecins demandent parfois une IRM ou une scintigraphie avec l’injection d’un produit légèrement radioactif.

QUELS TRAITEMENTS ?

Il existe plusieurs traitements que l’on divise en traitements médicamenteux et non médicamenteux.

Dans la maladie de Parkinson, les traitements médicamenteux ont pour objectif de redonner aux noyaux gris centraux la quantité de L-Dopa dont ils ont besoin pour fonctionner à nouveau. Pour cela on peut utiliser soit de la L-Dopa pure, soit des molécules qui en miment les effets. Les deuxièmes sont moins efficaces mais leur effet dure plus longtemps. En raison d’un risque d’effets secondaires indésirables (hypersexualité, achats compulsifs, comportements répétitifs, hallucinations), ces molécules que l’on nomme agonistes dopaminergiques, ne sont employées que sous une stricte surveillance médicale par des neurologues habitués à leur maniement. Des molécules à l’effet plus faible, nommées IMAO sont également parfois utilisées lorsque les signes cliniques sont minimes. Dans certaines formes particulières de maladie de Parkinson, une chirurgie ou la mise en place d’une pompe (un boîtier de la taille d’un gros téléphone portable qui injecte une molécule en continue pendant la journée) peuvent être proposées.

Dans la maladie de Parkinson, et dans les autres syndromes Parkinsoniens, les traitements non médicamenteux consistent, selon les besoin, en séances de kinésithérapie, orthophonie, ou ergothérapie. Dans tous les cas, une activité physique soutenue est indispensable.

version PDF : https://drive.google.com/file/d/0B49_alViJazmRkZYOFNuNFp3alU/view?usp=sharing

Prise en charge de l'état de mal épileptique - 2017


Parmi les très rares urgences neurologiques, l'état de mal (EDM) épileptique est celui qui voit ses recommandations de prise en charge varier le plus. Tous les ans ou presque vous avez une nouvelle recommandation nationale, internationale, européenne ou autre qui paraît. Et je vous passe toutes les recommandations locales de chaque hôpital universitaire ou non.

L’idée de cet article est de vous donner les dernières recommandations (2017). Mais avant, et pour plus de clarté, on va revoir quelques définitions.

NB, juste avant la biblio vous trouverez des liens vers la législation sur le permis de conduire, et les recommandations HAS de 2015 qui sont plus étoffée sur la partie non thérapeutique.

jeudi 1 juin 2017

Agnosie de l'Empan Cognitif (le truc que tout le monde doit connaître)

Le billet qui va suivre est une tentative de discuter d'une forme de handicap qui nous touche tous (non ce n'est pas antinomique vous allez voir). C'est quelque chose qui est difficile à comprendre mais qui est très utile une fois compris, aussi bien pour les médicaux que pour toute personne qui interagit avec des… humains. Cet handicap est l'agnosie de l'empan cognitif. Je suis hyper fier du terme parce que c'est le meilleur résumé que j'ai jamais inventé, à la fois bref, impénétrable et avec une petite teinte de neurologie du XIXe siècle. Si 'j'avais réussi à trouver un adjectif qualificatif allemand j'aurais été comblé. Plus sérieusement vous allez voir que ce n’est pas si compliqué.




vendredi 12 mai 2017

Obésité et neurologie

 Comme vous le savez, je ne crains que deux choses : les framboises et les staffs de nutrition.  Les premières sont l'incarnation du mal, les deuxièmes aussi. Cependant pour les staffs il y a une solution : aller trouver des informations ailleurs. Et ça tombe bien parce quand dans le Lancet Neurology 2017; 16:465-77 il y a un article intitulé Neurological conséquences of obesity, qui permet d'en apprendre plus sur les liens entre obésité et système nerveux. 

Ce qui suit est donc un résumé de cet article avec lorsqu'il le faut, quelques commentaires. 





mardi 2 mai 2017

Pourquoi le nouveau-né tète mal (neurologie du post partum).

En classant des trucs (classifier les choses est une activité typiquement neurologique), je suis tombé sur un powerpoint que j'avais rédigé pour essayer d'expliquer le plus simplement possible la neurologie du post-partum. C'est un sujet vaste. Plus récemment sur twitter, j'ai écrit une série de tweets sur une toute petite partie de cette neurologie méconnue en me concentrant sur une question qui revient souvent : POURQUOI LE NOUVEAU-NE TÈTE MAL ?



Rappel des faits : dans Blanche Neige et les sept nains, après le baiser d'amour véritable, Blanche met au monde sans efforts une fille. Le bébé est beau, le nain Prof le donne à Blanche, et après un petit sourire, bébé tétouille le sein de môman qui trouve ça très apaisant.

Sauf que dans la vie réelle ça ne se passe pas toujours comme ça. Le bébé en question peut ne pas téter du tout, ou pas assez fort, ou pas assez longtemps, ou mal placer ses lèvres, ou pincer trop fort le téton, ou carrément mordre, avec une mère qui peut avoir mal, ou ne pas trouver de position confortable pendant la tétée, ou être trop défoncée, etc...

Voyons ce que mère nature a prévu pour que ça se passe comme dans blanche neige et pourquoi ça ne marche pas.

mardi 28 mars 2017

Ciguatera




Si vous n'habitez pas en zone côtière intertropicale, la probabilité que vous connaissiez ce terme est faible. Et sans le développement des restaurants proposant des sushis ou des poissons tropicaux, l'utilité de cet article pour quelqu'un vivant par exemple dans la Beauce eut été faible. En même temps, vu la concentration de restaurants spécialisés dans les sushis et les poissons tropicaux dans la Beauce étant faible, il n'est pas certain que même aujourd'hui cet article ait une quelconque utilité. Mais pour tous les autres, ça sera peut-être une découverte utile. 


samedi 11 mars 2017

Les traitements des céphalées primaires



Le mal de tête étant un phénomène douloureux, surtout quand on lit, on va faire sobre en écrivant à voix basse et avec un ton calme, presque monocorde. Ce billet va tenter de faire le point sur l'ensemble des traitements qu'il est possible de proposer dans les céphalées primaires, avec pour chacun d'eux, selon les documents disponibles, les avantages, inconvénients, les recommandations françaises ou internationales et les AMM.  

Le plus compliqué dans ce qui va suivre ne va pas être la lecture des infos sur les traitements. Ça ça sera laborieux, monotone, débordant de vie comme un lichen sur Mars, mais pas compliqué. La partie compliquée sera celle sur la classification des céphalées primaires.  Vous le savez peut-être déjà (sinon toutes mes condoléances pour vos neurones de la joie de vivre) les céphalées primaires sont fractalement sous divisées en entités aux noms à l'exotisme croissant au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans détails.

Malgré des efforts constants de gens bien plus pédagogues que moi, personne n'a jamais réussi à synthétiser ces classifications autrement que sous la forme de tableaux massifs et denses. Je ne suis pas fan des classifications, mais dans ce cas précis, il va être difficile de s'en passer. 

vendredi 3 mars 2017

Biais cognitifs - 1





La branche de la neurologie qui s'occupe du fonctionnement normal des neurones n'existe pas. Dit comme ça, ça peut paraître étonnant, mais c'est vrai. Vous voyez un neurologue quand vous avez un problème moteur, sensitif, ou cognitif, mais jamais quand tout va bien, juste pour comprendre comment le cerveau fonctionne. Et si vous aviez malgré tout cette idée, la plupart des neurologues vous souriraient gentiment tout en cherchant désespérément le moyen de vous faire voir ailleurs s’ils n'y sont pas. C'est pour ça que lorsque je reçois des demandes de collégiens ou lycéens dont le prof sadique a insisté pour qu'ils voient un neurologue afin de comprendre "les émotions", "le jugement, ou "le mode de fonctionnement de la pensée des homme politiques (ceci est une demande réelle !)", j'invoque mon immunité :"j'ai aquaStaff" pour ne pas les rencontrer. Pour le dire autrement, tout neurologue que je suis, je n'ai pas la moindre idée du fonctionnement exact de la pensée dite normale. 


dimanche 12 février 2017

Agnosie sociale

ce texte est la version blog d'une série de tweets publiés le 01/02/2017. Comme souvent avec tweeter, les notions de neurologie décrites ici sont simplifiées à l’extrême et ne sont pas sourcées. Si vous cherchez un texte scientifique avec la biblio, ceci ne répondra pas à vos attentes.


Si vous voulez faire les malins en société avec l'actualité, et notamment les notions de perception de justice, injustice, privilège ou dû, voici quelques notions de bases (rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger de notions de neuro extrêmes). Afin que vous ne soyez pas déçus, je ne vais pas vous dire non plus qu'il existe des valeurs morales que la neurologie saurait expliquer. Le neurologie c'est des neurones, pas de la philo.

lundi 6 février 2017

Céphalées de novo




Alors histoire de vous rassurer, si on parle de céphalée de novo et pas de céphalée depuis un jour, un mois, un an, c'est parce que l'expérience (argument d'autorité dont il faudra vous contenter) montre que ce qui compte ce n'est pas l'ancienneté réelle, mais le seuil au-delà duquel le patient s'inquiété. Pour le reformule : une céphalée est inhabituelle si le patient le dit. 

Bon, une fois qu'on est d'accord avec ce principe, on va décomposer ça en deux gros morceaux : les céphalées où on s'inquiète tout de suite, et celles où on attend de voir ce qui va se passer. Les premières sont logiquement appelées céphalées secondaires, et les secondes primaires (la neurologie c'est toujours logique ne l'oublions jamais).


mercredi 18 janvier 2017

Intolérance à l'effort



Sous ses airs lisses, son sourire à peine esquissé et ses propos ternes, Jean Raoul a une imagination riche, quoique confuse. Là par exemple il se rêve en Légionnaire romain dans le froid et la neige Calédonienne ou en Stormtrooper envahissant Hoth. Cette image de Stormtrooper légionnaire antique lui vient spontanément à l'esprit à chacun de ses voyages. Il s'est ainsi déjà imaginé être dans les marécages rhénans comme sur Dagobah, ou encore dans le désert de l’Atlas comme sur Jakku. Le point commun à ces rêvasseries est la confrontation d'un homme armé de sa seule endurance physiologique, ou au contraire avec l'aide d'un exosquelette, à un milieu naturel hostile. Si les pensées de Jean Raoul vous semblent étranges, c'est qu'il vous manque une partie de l'histoire. Depuis tout petit, Jean Raoul est mauvais en sport. Si vous l'interrogez il le revendique en vous disant qu’il n’aime pas la compétition et que ses profs étaient nuls, mais lui, les rares fois où il y pense, il sait que c'est faux. Il n’a rien contre le sport, il aime voyager et aimerait pouvoir randonner, il aimerait aussi faire partie d'un club sportif car c'est un garçon social, mais malgré tous ses efforts, il n'est pas fait pour ça. Depuis les cours de gym de l'école jusqu'à maintenant, et malgré plusieurs tentatives, il n'a jamais réussi à passer au-delà de la fatigabilité qu'on ressent lorsqu'on on commence à s'entraîner. Que l'effort soit brusque comme lors d'un sprint ou lors d'une partie de badminton, ou plus doux comme à vélo ou en randonnée, il a vite des crampes et ne trouve jamais le fameux second souffle. Cette inaptitude lui pèse d'autant plus que l'image de type qui ne veut jamais rien faire lui colle à la peau. Alors pour compenser, il rêve.

Et puis un jour, en perdant (comme vous en ce moment) son temps sur internet, il tombe par hasard sur un article intitulé : Intolérance à l'effort ? Et si vous étiez malade ! Un peu surpris, notre héros s'interroge : se pourrait-il que son inaptitude ne soit pas le fruit du hasard ? Alors il décide de consulter et… le voilà devant vous !

mardi 3 janvier 2017

Pourquoi vos repas de famille sont pénibles.

Ce texte est la version tout-en-un d'un flood sur twitter publié le 23/12/2016





C'est le 23 décembre et certains d'entre vous, derrière le joie qui les submerge, ont dans leur champs de conscience un petit clignotant rouge qui pulse de façon insistante bien que muette. Une sensation de danger mal cerné dont vous percevez l'imminence...quelque chose de flou et de très présent. Quelque chose comme ça mais sans la bave.


Ce quelque chose c'est la certitude de passer une partie de ces soirées de fêtes avec votre tonton/tata/cousin/bellemummy/etc... Qui a des idées sur tout, sauf que c'est pas les vôtres, et que votre bonne éducation vous empêche de gifler avec mépris.

Alors pour vous faire patienter, voila quelques éléments de neurologie (à vous repasser dans la tête pendant que vous jouez avec la purée). Ça vous aidera à comprendre (sous toute réserve d'absence de cas particulier) d'où viennent de les propos de votre, hélas, proche.


la neurologie de l'opinion

Ce billet est la version tout-en-un d'un flood publié sur twitter publié le 11/12/2016



Tiens, puisque plein de gens ont pleins d'opinions sur le pourquoi du comment de ce qui se passe dans le monde, voila deux, trois, trucs de neurologie. Ou plutôt des faits et des biais, avec une grosse astérisque : je ne vais pas vous donner de références, on n'est pas dans un article scientifique. Mais les éléments cités peuvent se retrouver facilement sur pubmed.


un peu de dégénérescence

cet article est la version tout-en-un d'un flood publié sur Twitter le 21/12/2016




Un peu de science fondamentale ? Allez, dites oui ! J'ai un trou dans mon planning d'EEG. Non ? Tant pis, j'en cause quand même. N'ayez pas peur, ça commence par des notions un poil obscures mais ça devrait vous paraître clair vers le milieu du texte même si vous ne comprenez rien à la neurologie.

Quand on tente d'expliquer les maladies neuro-dégénératives au sens large aux non neurologues (et même à eux en fait), une des remarques qui revient le plus souvent est : "...comment peut-on retrouver la même lésion cellulaire dans des maladies qui n'ont cliniquement pas beaucoup de points communs ? Et comment une paralysie supra nucléaire progressive (PSP), qui donne un syndrome extra-pyramidal, des atteintes du tronc cérébrale et une dysautonomie (sans parler des troubles cognitifs), peut-elle avoir des lésions plus proches de la maladie d'Alzheimer que de la maladie de Parkinson, alors qu'il y'a très peu de troubles mnésiques au début de la PSP et que le syndrome parkinsonien est au premier plan ?"
L'autre question qui revient souvent est : "Commet se fait-il que tous les neurones présentent à un moment donné des signes de dégénérescence alors que cliniquement seules quelques fonctions semblent atteintes (exemple typique de la maladie d’Alzheimer) ?"
Et avec nos collègues gériatres s'ajoute une troisième question :"pourquoi la plupart des neurologues se moquent des anticholinestérasiques dans la maladie d'Alzheimer tout en continuant d'en prescrire dans la maladie de Parkinson ?"


samedi 3 décembre 2016

Numéro spécial Noel 2016

Deck the halls with boughs of holly
Fa la la la la la la la la 




C'est Nöel, c'est l'hiver, le grands sapins verts ploient sous la neige scintillante pendant que votre maison sent bon la cannelle et le chocolat chaud. Vous accrochez les guirlandes colorées au sapin et des petites créatures piaillent en cassant les boules.
Pour vous occuper voici non pas un, non pas deux, mais 
quatre jeux neurologiques inutiles pour les fêtes.

samedi 22 octobre 2016

Arva vacua



Je ne connais pas assez les autres spécialités, mais pour ce qui est de la mienne, aucun neurologue à ma connaissance ne peut affirmer en connaître toute l'étendue.
Comprenons-nous bien, ceci ne signifie pas seulement "ne pas être bon" dans chaque sur spécialité (Parkinson, épileptologie, vasculaire), cela veut dire ne réellement pas connaitre certains domaines….même pas un peu. Quand je dis ça à des non neurologues ils sont assez surpris et se demandent ce qui peut justifier cette affirmation d'une inculture assumée sans stress. Cela tient à la neuro anatomie. Le grand bluff des études médicales c'est de présenter le système le système nerveux, et le cerveau en particulier, commun un organe (certes un peu complexe). En fait il n'y a rien de plus faux.


samedi 15 octobre 2016

Violence et agressivité.





Ces deux états émotionnels sont complexes, d'autant plus qu'un nombre incalculable d'auteurs n'ayant aucune culture médicale ont des avis bien tranchés sur la question. Je n'ai rien contre les psychanalystes (en fait contre eux, si), les philosophes (eux c'est plutôt un conseil : la drogue c'est mal), les sociologues, les ethnologues ou les coachs en management du conflit, mais soyons honnêtes, ce n'est pas parce que j'aime les sushis que ça me qualifie pour discuter de l'art de la poésie dans la région d'Okinawa au XIIe siècle.

Alors pour ne pas laisser dire tout et n'importe quoi par n'importe qui, voyons les bases.


jeudi 13 octobre 2016

Vertiges

"...Une partie de son cerveau lui disait qu'il savait parfaitement bien ce qu'il était en train de contempler et ce que représentaient ces formes, tandis qu'une autre refusait au nom de la raison d'embrasser pareille idée et abdiquait toute responsabilité en cas de poursuite de la réflexion dans ce sens..." - Douglas Adams - Guide du routard galactique -



Une des questions philosophiques les plus débattues en ce début du XXI e siècle est sans conteste celle de savoir s'il vaut mieux être bi-classé ou atteindre des niveaux légendaires dans une seule classe (si vous ne comprenez rien à cette introduction, passez directement au début du billet). Evidemment ce débat est complexe, et ce d'autant plus que la nature interdit certaines combinaisons. Dans l'univers d'ADD2(si si, y en a encore qui y jouent), être Paladin barre la route à la nécromancie, tout comme dans l'univers alternatif dans lequel nous vivons, dermatologue barre la route à l'orthopédie. Il y'a à l'inverse des classes proches : clerc / magicien ou anesthésie / réa, et enfin des combinaisons très difficiles à jouer au début mais qui provoquent une grande admiration à haut niveau : clerc / guerrier ou neuro / ORL. J'ai un immense respect pour les neuroORL (et pour les neuroOphtalmos) principalement parce qu'ils étudient des fonctions cérébrales dont personne au sein de neuros ou des ORL n'a ne serait-ce que le début d'une vague idée de ce à quoi elle peuvent servir, sans même parler de leur localisation anatomique.
Dans cet ensemble mystérieux, il y'a tout un tas de phénomènes dont vous n'entendrez jamais parler, et puis il y a les VERTIGES. Notons qu'écrire VERTIGE en majuscule est indispensable pour traduire le fait que pour un neurologue, voir passer une demande d'avis pour VERTIGE déclenche deux phénomènes : sous le choc, le premier réflexe est de dire :"allez voir un ORL", et, lorsque la réponse est :"l'ORL a dit que c'était central", insulter la création dans son ensemble. Bon bref on n'aime pas ça. Mais comme nous ne sommes pas les seuls à ne pas aimer, voilà un guide de survie face à un vertige, avec pour la peine, de la clinique, de la clinique et puis un peu de clinique…. Et un poil de neuroanatomie parce que tout neurologue a une réputation d'incompréhensibilité à défendre.

samedi 1 octobre 2016

Concentré de plaisir



Solidement campé sur ses deux jambes, les bras croisés, la nuque tendue, les yeux rougis par l'effort de concentration qui bloque ses clignements de paupières, monsieur Jean regarde fixement l'écran de la télé. Cet après-midi monsieur Jean veut replanter son gazon que la sécheresse de l'été a ravagé, et qui se résume pour l'instant à un espace plan couvert d'un tapis desséché de brins fillasses marrons. Et comme tout le monde le sait, il ne fait pas planter par temps de pluie. Et monsieur Jean lui, il ne veut pas de la pluie. Alors Jean il fixe la télé pour voir le temps qu'il fait. Si Jean est tendu, ce n'est pas simplement parce qu'il acheté une boite de semences "pelouse pour terrain de sport" alors qu'il voulait acheter une boîte "pelouse pour activité intensive", et qu'il se demande si l'herbe sera identique… C'est aussi parce que ça fait trois fois qu'il regarde le bulletin météo sur la chaîne d'infos continues que diffuse sa télé, sans réussir à se souvenir de l'info météo.

Entre nous, il a toujours été comme ça monsieur Jean. Il y a des trucs dont il ne réussit jamais à se souvenir, même quand c'est important. Et on ne parle pas simplement des clés qu'il ne trouve pas le matin, de la voiture dont parfois il oublie le lieu où elle est garée, le chèque mis sur la table de la cuisine qu'il oublie d'envoyer, la boîte de croquettes pour girafe à poils longs qu'il oublie d'acheter… On parle aussi de trucs hyper importants, comme dans son job d’agent logistique dans une entreprise de vente en ligne, où il doit collecter des articles dans des rayons, afin de préparer une commande. Pourtant, quand il bosse, tout est fait pour que monsieur Jean ne se trompe pas : il a un nom désignant l'article avec une adresse et un code barre. Monsieur Jean doit prendre l'article à l'emplacement indiqué, scanner le code-barres de l'objet, scanner le code-barres de la liste, et si les deux concordent placer l'objet dans un panier avant de chercher le suivant inscrit sur la liste. Le risque d'erreur est nul puisque l'objet est clairement identifié, que monsieur Jean est obligé de regarder ce qu'il prend, et qu'en cas d'erreur, lors de la double vérification des codes-barres, une alarme retentit si les deux références ne concordent pas. Et pourtant Monsieur Jean continue à se tromper plusieurs fois par mois. Et sans une deuxième vérification de la concordance des deux codes-barres par un autre collègue juste avant l'expédition, il est probable qu'un nombre important de clients de son entreprise se verraient expédier un livre sur la reproduction des pingouins à la place de la version "livre à colorier" de la critique de la raison pure.

Monsieur Jean se rassure comme il peut en se disant qu'il n'est pas le seul. D'ailleurs le taux d'erreur dans son entreprise avoisine le pourcent, et sa direction cherche désespérément un moyen de le réduire pour augmenter la productivité. Ils ont d'ailleurs tout essayé sans succès : la coercition (une diminution d'une prime à chaque erreur commise), la récompense (une augmentation de la prime pour chaque période de travail sans erreur), l'émulation (l'employé du mois sans erreur), et même le jeu (une récompense instantanée et de valeur croissante au-delàs d'un nombre aléatoire de scan de codes-barres concordants). Mais rien n'y fait, il existe toujours un taux d'erreur incompressible.

Je ne doute pas un instant que vous trouviez cette histoire fascinante, mais peut-être vous demandez-vous quel est le lien avec la neurologie. C'est simple, cette histoire évoque le problème de nos capacités ou plutôt de notre incapacité de concentration.

vendredi 9 septembre 2016

Guide de l'examen neurologique péripherique (beta)



cet article est une version beta, cette introduction aussi. J'ai déjà publié plusieurs articles sur l'anatomie du plexus brachial ou sur l'examen des membres. Je suis très content de ces articles (y'a pas de mal à se congratuler), mais en pratique ils ne sont pas réellement utilisables au quotidien. Pour le dire autrement, ils sont pas mal pour qui veut réviser de l'anatomie, mais ils ne permettent pas de répondre à la question pratique : si je constate ceci, à quoi dois-je penser et où chercher le problème avec quels examens complémentaires.

Ce nouvel article, quand il sera terminé devrait améliorer les choses avec des infos très pratiques. Sa rédaction risque d’être longue, essentiellement parce que je même si la plupart des schémas anatomiques datent d'une période où j'vais le temps de dessiner, certains manquent et je dois les refaire. Et ça, c'est long. D'un autre côté, l'avantage d'un blog c'est de ne pas avoir de contraintes de temps.

En résumé, si vous tombez sur cet article, allez voir, c'est rigolo, mais tant qu'il ne sera pas sorti de sa version beta, il vous servira surtout à me faire, si ça vous amuse, des commentaires.