vendredi 23 février 2018

Choisir un antidépresseur en 2018.



Choisir un antidépresseur s'apparente parfois à la sensation qu'on a lorsqu'on pioche une carte "chance" au Monopoly : on ne sait pas sur quoi on va tomber, et bien souvent ce n’est pas le bon choix. Il existe des protocoles multiples, des habitudes multiples, des légendes urbaines multiples, et une certaine forme d'intox de la part de labo et de savantes multiples (au passage cela m'a permis de placer le mot multiple de multiples fois).

Pour ajouter à la confusion, j'avais prévu depuis quelque temps d'écrire un truc là-dessus (parce que moi aussi j’arrive à être flou). L'énorme étude publiée dans le Lancet ( https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30423-9b en libre accès) le 22 février 2018 m'a poussé à passer à l'acte (tout ça pour ne pas vous laisser croire que je suis capable d'écrire un truc comme ce qui suit en quelques minutes).

jeudi 22 février 2018

maladies du spectre IgG4


En regardant les commentaires généraux du blog, j'ai découvert les messages de X et de X' (désolé pour le ') qui se plaignent (en se roulant par terre) et me font remarquer que ça fait pas mal de temps que je n'ai rien écrit de réellement compliqué et inutile. Face à un tel défi, voici un billet qui devrait régaler les masochistes les plus exigeants.

On va donc parler des maladies du spectre IgG4 ou IgG4-RD, qui n'ont, comme on le verra, rien à voir avec les maladies à IgG4 (dont vous n'avez pas plus entendu parler), qui sont rares mais en fait probablement très fréquentes, et qui donnent des troubles neurologiques, mais surtout endoc, gastro, ophtalmo, vasculaire et… la liste longue.

Vous vouliez du hardcore, vous allez en avoir.


dimanche 28 janvier 2018

Que ceux qui se considèrent comme bons se jettent la première pierre.


Cette phrase est extraite de 1984 de Georges Orwell :
« Le Parti pouvait mettre à nu les plus petits détails de tout ce que l’on avait dit ou pensé, mais les profondeurs de votre cœur, dont les mouvements étaient mystérieux, même pour vous, demeuraient inviolables ».
Si vous avez lu 1984 vous savez qu’en réalité le parti et BigBrother peuvent également mettre à nu les profondeurs des cœurs. Ils peuvent créer artificiellement la culpabilité puis la réprimer, le tout pour renforcer le contrôle social.

Contrairement aux apparences, 1984 est un livre très complexe, avec une réflexion poussée sur le langage comme rédacteur de conscience. Même sur le ton badin de la plaisanterie, le langage forge la pensée des individus et peut leur implanter des censeurs cognitifs.

Diagrammes de Venn



Tout peut se représenter avec un diagramme de Venn

mais ce n'est pas nécessairement plus facile à comprendre

vendredi 26 janvier 2018

financement des hôpitaux : quand c'est pas vous le client.



Nous sommes en janvier, et tout comme les onze autres mois de l'année, toutes les années, on entend un peu tout et n'importe quoi sur le financement des hôpitaux. Notez bien que ce tout et ce n'importe quoi vont de mon oncle qui prononce en boucle la phrase :"j'y ai droit je paye", aux politiques de tous bords qui promettent plus et mieux pour moins cher, surtout quand ils ne sont pas au pouvoir. Entre ces deux bornes de bon sens bien de chez nous, on a aussi des gens qui s'indignent parce que les hôpitaux "mettent les gens à la porte", ou parce qu'ils "se font du blé sur le dos des plus pauvres", ou encore parce que "quand on voit ce qu'on paye et qu'on voit ce qu'on a, et bien je suis sûr que c'est géré n'importe comme ma pov'Lucette". Du coup, pour ceux qui veulent sortir des clichés (ce qui exclut d'emblée mon oncle, les homme politiques, et leur militants fanatisés), voilà quelques éléments de compréhension.

vendredi 19 janvier 2018

Apprendre grâce à un tapis IKEA sur pattes



En médecine il y a ce que l'on apprend dans les livres, ce que l'on apprend dans les cours, les staffs, les réunions, les congrès, ce que l'on apprend pour rien pour l'examen classant national, ce que l'on apprend de la réalité, ce que l'on apprend de ses succès, ce que l'on apprend de ses erreurs… et il y a autre chose. Il y a ce que l'on apprend d'un implicite explicite. Quelque chose qui n'est jamais dit, mais qu'il n'est même pas envisageable de ne pas savoir. Les anglais classent ça dans le black cursus. En français c'est ce que l'on dit apprendre par le compagnonnage avec nos chefs. Voilà ce que moi, externe j'ai, appris avec une professeur de chirurgie digestive, et comment ce savoir m'est encore utile des années plus tard.

Syndrome de Hamelin



En neurologie il y a des modes. Et les modes passent. Et parfois on retrouve par hasard des noms de syndromes oubliés. Le syndrome de Hamelin en est un. Vous le ne trouverez pas sur PubMed, seuls les vieux neurologues l'utilisaient. Mais comme la réalité que ce syndrome décrit n'a pas disparu, je profite de ce petit article pour essayer de le réhabiliter.

dimanche 7 janvier 2018

Neurologie et Odorat.




Pour bien commencer l'année, voilà un sujet un peu plus facile qu'à l'accoutumée. L'odorat en neurologie n'est que peu ou pas étudié et en pratique personne ne sait très bien quoi faire des symptômes liés à la présence ou à l'absence d'odeurs. Vous allez voir qu'au quotidien c'est très simple d'avoir les idées... simples.

Mais commençons par un détour afin de voir en quoi le sens de l'odorat est distinct des autres (Et inutile de penser dans votre tête que cette phrase est gentiment débile au motif que tous les sens sont uniques, parce que l'odorat est encore plus unique que les autres).

mercredi 27 décembre 2017

cartes points






ceci n'est pas un article.
ceci n'est pas un hors-série.
ceci est un album d'images.
ceci est juste un truc pour s'amuser.


mercredi 13 décembre 2017

Douleurs projetées - syndromes canalaires et autres sensations étranges



Parfois, un texte court vaut mieux qu'un long discours (oui je sais, ça ne veut rien dire, mais je suis en manque d'inspiration pour mon introduction, et en plus c'est un piège parce que ce texte est super long). 

Ce texte a pour but de vous faire faire un tour de toutes les douleurs projetées et autres sensations étranges pour que vous pensiez, quand vous êtes devant quelqu’un qui à ce type de plainte, à chercher la cause ailleurs (c'est le moment X-files de cette intro).

Point important de cette introduction, l'article qui suit est un article avec une première partie très neurophysiologique et une deuxième partie très neuro anatomique pour permettre de moins nager quand on doit faire de la clinique. Si c'est deux domaines vous rebutent, ce texte n'est peut-être pas fait pour vous. Fuyez ! Pour ceux qui restent, sachez que par un choix original sophistiqué de couleurs (noir, gris et rouge), vous pourrez vous concentrez sur les parties les plus importantes si votre fatigue est trop grande.

samedi 25 novembre 2017

Équilibre, vertige et neuro-ORL



Je ne sais si vous connaissez le jeu de rôle Donjons et Dragons. Ne dites pas non, tout le monde connaît ce jeu ne serait-ce que de nom. Il en existe de nombreuses versions (dites un nombre au hasard entre beaucoup et vraiment beaucoup et vous ne serez pas loin du compte).

Dans de nombreuses versions, si vous souhaitez jouer un personnage (c'est un peu le principe du jeu de rôle) qui est magicien, vous devez vous coltiner une règle totalement contre intuitive : les magiciens ne connaissent aucun sortilège. Rien. Même pas un peu. Genre même pas un tour de passe passe avec des cartes.

Pour être précis, les magiciens collectent lors de leurs aventures des sortilèges qu'ils écrivent dans un livre. Quand ils veulent lancer un sort, ils doivent lire leur livre et mémoriser le sort, ce qui dans le jeu est décompté en termes de temps. Bref, ils révisent leurs sorts. Jusque-là ce n'est pas très désarçonnant, mais la suite l'est plus : une fois qu'ils ont lancé leur sort, ils l'oublient. Totalement. Même si c'est le même sort tout pourri qui ne sert à rien à part allumer l'équivalent d'une LED d'un jouet pour enfant au bout de leur bâton…même s'ils l'ont déjà fait des milliers de fois… ils l'oublient. Et s'ils souhaitent le relancer, ils sont à nouveau contraints de le réviser. Re bref, ça paraît complétement absurde et irréaliste même dans un univers de jeu qui par bien des aspects est absurde et irréaliste.

Et puis…

Et puis un jour on ne sait pas pourquoi, on est un gentil étudiant en médecine, ou un interne en médecine, ou un assistant chef de clinique en neurologie, ou un praticien hospitalier en neurologie, voir un professeur de neurologie et….

On doit prendre en charge un problème de neuro ophtalmologie ou de neuro ORL. Et là on est comme les magiciens décrits dans l'intro : on a beau avoir bossé les cours et l'anatomie des centaines de fois, on est incapable de faire quoi que ce soit à part compulser avec frénésie les bouquins de neuroanatomie. C'est une espèce de malédiction, le cerveau humain n'est pas capable de retenir sa propre anatomie quand il s'agit d'ORL ou d'ophtalmo.

jeudi 31 août 2017

Sens and Sensibilty sont de faux amis.




Pour des raisons qui m'échappent, le fonctionnement des récepteurs sensitifs cutanés n'est presque pas enseigné, que ce soit au cours des premières années de médecine ou au cours du D.E.S. de neurologie. C'est dommage parce que d'une part c'est intéressant (oui d'accord il y a plein de choses intéressantes que l'on n'apprend pas pour autant), mais en plus c'est utile au quotidien (si je vous assure). Du coup voilà un texte relativement bref pour vous faire découvrir ce monde.


mercredi 16 août 2017

Marchands de peurs


Pas mal de gens me l'ayant demandé (merci) voilà la retranscription d'une série de tweets sur les marchands de peurs publiés le 4/8.

Tiens comme ça parce qu'une patiente m'en parle : "est-ce que c'est vrai tout ce qu'on dit ?".

C'est une patiente qui va avoir une ponction lombaire. Elle a peur et c'est normal car l'examen a une sale réputation. Elle est aussi allée voir sur internet et elle est presque tombée dans les pommes en lisant les témoignages de Doctissimo and co. Elle m'a même donné des exemples concrets de gens qui connaissent des gens chez qui ça a été une boucherie sans nom.


samedi 12 août 2017

Démence à corps de Lewy


C'est le dernier des trois articles consacrés aux démences liées aux protéinopathies, si on en compte pas l'article bonus sur les démences vasculaires. Les démences à corps de Lewy sont à la mode. Il n'y a aucune logique à ça si ce n'est qu'une de leurs caractéristiques, les hallucinations précoces, marque suffisamment les esprits pour que ce type de démence soit facilement évoquée.


Démences de type frontales



Ce deuxième article consacré aux démences liées aux protéinopathies est le plus long parce que, par habitude, on a classé dans "démences frontales" un peu tout et n'importe quoi. Je vais donc prendre un peu plus de temps pour ranger les choses dans le bon ordre, et vous allez voir que c'est assez logique.

Démences de type Alzheimer



Pour bien comprendre, vous allez oublier momentanément le terme "mémoire". C'est à cause de ce mot que les démences de type Alzheimer sont mal diagnostiquées. Les démences de type Alzheimer ne sont pas uniquement synonyme de perte de mémoire et les pertes de de mémoire peuvent se voir dans d'autres démences. 

Démences par proteinopathies



Après l'article consacré à l'historique de la révision complète de la définition et de la classification des démences (ici) et des pathologies du mouvements, je vous propose trois articles brefs (sans compter celui-ci, qui est une sorte d'introduction) pour avoir les idées claires sur les démences. On va voir en détails ce qui est utile, ce qui l'est moins, et ce qui ne l'est pas du tout pour l'instant, pour comprendre la maladie d'Alzheimer, les démences fronto temporales et les démences à corps de Lewy.

jeudi 3 août 2017

Evaluer le risque de récidive en cas d'arrêt d'un traitement antiépiléptique



Parfois on tombe sur un article hors normes en terme de qualité et d'utilité, qui a nécessité un travail que peu de gens ont été capables de faire, qui va changer la prise en charge des patients dans la vie réelle, et qui se résume à deux scores (en bonus vous trouverez ici quelque chose pour les calculer de façon assez simple).


mercredi 2 août 2017

maladie de Parkinson en kiné



Les choses changent. Pendant longtemps, la maladie de Parkinson était quelque chose dont la prise en charge était purement neurologique. En 2017 les choses n'ont que peu évolué. Si vous avez déjà consulté le blog, vous avez peut-être lu un article qui explique en quoi la place du médecin généraliste est essentielle. Dans ce billet j'écrivais aussi pourquoi les IDE et AS, non seulement dans leur rôle propre, mais également en tant qu'intervenants auprès du patient, pouvaient agir sur la qualité de la thérapeutique.

Mais il manquait un gros morceau. Ce gros morceau c'est la kiné. Il est gros, parce que même si la conférence de consensus neuro de l'HAS n'en parle pas assez, on a de plus en plus d'arguments pour dire que la prise en charge kiné, n'est pas un simple complément de la prise en charge médicamenteuse, mais un véritable équivalent en terme efficacité. Bref, dans cette pathologie, ne pas proposer au patient une bonne prise en charge kiné, c'est lui enlever la moitié du traitement.

mercredi 19 juillet 2017

Démences, Prions et mouvements anormaux.


Ça ne m’arrive pas souvent d’écrire un article dont je sais à l’avance que je vais le rater (j’en rate pleins, mais pas sciemment). Et ça m’arrive encore moins souvent de réfléchir aux moyens que je pourrais utiliser pour réduire l'échec. Et le plus agaçant, c’est que dans le cas particulier de cet article, j’ai vraiment cherché un moyen pour vous expliquer à quel point, une série de preuves accumulées au cours des dernières années, est en train de remettre en cause les fondements mêmes de pans entiers de ma spécialité. Pour le dire autrement, si les éléments que je vais tenter de vous expliquer ci-dessous se confirment, c’est l’équivalent pour la neurologie, de la découverte des antibiotiques pour l’infectiologie.