vendredi 23 mai 2014

il ne dort pas : le sommeil des déments

Creature of the night




Une des phrases les plus fréquentes qu'on entend à l'hôpital après, « je suis constipé » et, « c'est quand qu'il passe le médecin [notez l'absence de point d'interrogation] », alors que vous êtes dans la pièce, est « je/il ne dors/t pas ».

Et plus les gens ont des troubles cognitifs, plus cette phrase monte dans le top 3 des remarques, pour finir par occuper la première place chez les déments. Notes bien que contrairement à tout autre phénomène biologique, physique, chimique ou métaphysique, cette phrase n'est pas sensible à l'épuisement. Ni celle des patients, ni celle des équipes soignantes, ni celle des familles.

Ça donne des discussions formidablement passionnantes du genre :
- MED (curieux) : comment allez-vous madame Michu ?
- Mme Michu (l'œil torve) : je ne dors pas !
- IDE (neutre) : c'est vrai qu'elle ne dort pas !
- MED (optimiste) : oui, mais votre hémiplégie, elle a complétement régressé non ?
- Mme Michu (la mandibule prognathe) : m'fout, je dors pas !
- IDE (neutre) : c'est vrai qu'elle ne dort pas !
- MED (positif) : nan, mais d'accord, mais sinon, vous êtes contente de remarcher, de revoir votre chien et vos enfants ?
- Mme Michu (bougonne) : j'aurai préféré crever, je vous dis que je dors pas !
- IDE (neutre) : c'est vrai qu'elle ne dort pas !
- MED (neutrement bienveillant) : en tout cas votre famille est contente de vous revoir !
- Mme Michu (definitve) : c'est des cons, et comme je dors pas je les vois encore plus
- IDE (neutre) : c'est vrai qu'elle ne dort pas !
- Famille (qui rentre) : docteur, faut qu'on vous dise parce qu'elle est timide et ne dit pas tout, mais elle ne dort pas !
- IDE (neutre) : c'est vrai qu'elle ne dort pas !
- ....

Nous pouvons laisser mon audacieux collègue, son IDE enthousiaste, leur sympathique patiente et la joyeuse famille quelques instants pour tenter de voir ce que donne le sommeil chez les déments.

vendredi 16 mai 2014

chroniques internes - 2 - comment faire avec les labos

I'll put up no résistance i want to stay the distance i need assistance




Suite aux premières réactions sur Twitter, un complément sur les labos quand vous êtes internes. C'est un sujet qui est sensible, car il est entouré d'un nuage assez épais de non-dits. Peu importe ce que je peux penser ou non des relations médecins/labos, de toute façon je ne pense pas que vous trouviez une seule source officiellement pro bigpharma, alors que vous en trouverez de très bien écrite pour dénoncer ces liens. Celle que je vous conseille est celle du Docteur Dupagne sur son site atoute.org.

Mais revenons à notre sujet, les labos et les internes. En étant interne, vous aurez le plus souvent en face de vous les représentants qui viennent voir vos chefs, mais pas seulement. Les labos savent que 1/ vous n'y connaissez rien en médicament (au sens statistique) 2/ vous êtes dans un comportement d'imitation de vos chefs 3/ vous êtes encore scolaires. En un mot, vous êtes une cible publicitaire idéale. Pour faire passer leur message, ils vont adopter trois angles d'attaque, en dosant plus ou moins leurs effets en fonction de vos réactions.



mercredi 14 mai 2014

chroniques internes

- Go see the man who began it -



Je suis PH. Ça signifie que je me suis tapé trois dans d'externat, quatre d'internat, trois d'assistanat et quelque une de... Tiens il n'y a pas de mots... On va dire de séniorat (Même si selon Wikipédia, ce terme existe et n'a aucun rapport http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9niorat).

Tout ça pour dire que le fonctionnement d'un service, je vois à peu près ce que ça peut donner au quotidien, aussi bien quand tout le monde écoute ce que vous dites, que lorsque qu'on vous explose la porte au nez, sous prétexte qu'on ne vous avait pas vu (alors que je suis relativement massif).

Ce semestre, je n'ai pas d'interne avec moi dans le service pour une bête question d'ARS qui a oublié des postes (c'est ballot). Nos deux candidats ont donc été priés de ne pas faire de periph et de retourner au CHU.

Je fais donc office d'interne, avec cette position particulière de chef / interne.

Si vous pensez que ce billet va vous raconter comment ma vie est affreuse, comment c'est trop dur et comment je pleure tous les soirs en regardant plus belle la vie, raté. Pas plus que je ne vais vous dire que le job est inintéressant, ce n'est pas forcement ma tasse de thé, mais il doit être fait.

En fait, je vais surtout vous faire part de ce que m'ont appris les réactions des patients, familles, soignants, confrères hospitaliers, confrères libéraux, lorsqu'ils ignorent que je suis chef (c'est-à-dire principalement par téléphone, puisque en vrai le doute est assez peu permis).

L'idée n'est pas de faire un exposé sur la socio ethnologie de l'hôpital, mais plutôt de donner deux trois trucs aux futurs internes qui vont réussir l'ECN (rappelez vous, contrairement au loto, tout le monde gagne).

Perso, quand j'étais interne ça m'aurait aidé qu'on me dise ces quelques trucs, après, je ne me fais aucune illusion, 50 % d'entre vous vont trouver ça évident, 50% vont croire croire que je joue au vieux sage et 50% impossibles à mettre en œuvre quand on débute (oui ça fait 150% mais les internes ça n'a pas de limites).

mercredi 7 mai 2014

cas clinique 0521013 - they dig everything



Nouveau cas clinique pour discuter. Toujours le même principe : un dossier fourni en l'état (sauf les images, mais c'est un choix). Comme vous avez toutes les infos, l'idée n'est pas de critiquer à posteriori mais de taper la discut' autour de ce qui a été fait. Comme d'hab vous pouvez répondre dans les commentaires ou sur twitter. 

Mme XX a 68 ans. Elle a comme gros problème dans la vie, d’avoir eu une vie à la Bowie, mais avec un organisme moins résistant : elle à une dyslipidémie cognée, fume toujours un paquet et demi par jour, ne dit pas non à son litre de bière quotidien, et est hypertendue non contrôlée (en fait elle est inobservante).