mardi 23 juin 2015

Syndrome sérotoninergique

Guide de survie des urgences neurologiques




DE QUOI PARLE-T-ON ?

Ce syndrome fait partie des ours. Ceux dont tout le monde a entendu parler, dont beaucoup connaissant quelqu'un qui a vu quelqu'un qui en a vu un, mais qui en pratique restent rare, et dont les signes spécifiques le sont si peu, que la plupart du temps on passe à côté. En français on devrait parler d'intoxication à la sérotonine, ça démystifierait le tableau.

Le problème du diagnostic vient du fait que ce syndrome est polymorphe, n'a pas de lien temporel avec la prise d'une molécules ou d'un ensemble de molécules sérotoninergiques (vous verrez la différence plus bas), n'a pas de critères diagnostiques universels, et ressemble comme un cousin plus que germain au syndrome malin des neuroleptiques, à la réaction (méconnue mais très fréquente) à la tyramine (ou syndrome du fromage, lisez le bonus *), et à certains syndromes carcinoïdes.

Le problème du non diagnostic est encore pire. Des syndromes rares et complexes il en existe beaucoup, mais des syndromes dont le retard diagnostic peut entraîner le décès et qui en plus sont curables il y en a moins, et si c'est vous qui les ratez, vous êtes mal (sans parler du patient).

Alors pour essayer de s'y retrouver voici quelques éléments.

jeudi 18 juin 2015

Apathie



Paris, juillet 2015, 21h00, pont Alexandre III, rive gauche, une longue table en bois, une bière et des parts de pizzas devant un homme au regard vague, un petit verre de vin hors de prix devant une femme au tailleur impeccable et au regard d'acier.

 - Maryse ? 

La femme ne bouge pas. 

- Je pense qu'il nous a oublié ! 

La femme fixe le fond de son verre tout en le tournant entre le pouce et l'index. Dénuées de sens perceptifs, les molécules du breuvage n'en sont pas moins désireuses de poursuivre leur réalité quantique, et, plutôt que de risquer l'annihilation d'un simple regard de la femme, décident de violer les lois de la physique centrifuge en restant dans le verre plutôt que de se renverser.
- Qui ça Pierre ?
- Vous savez bien, le type au nom imprononçable qui retranscrit nos conversations.
- Lui ? On m'a rapporté qu'il s'était fourvoyé dans un guide touristique des allées Versaillaises.
- On devrait peut-être le contacter ! On m'a dit qu'il exerçait la neurologie en province .
- La province ? C'est cet endroit où on part en voyage en RER ?
- Non Maryse, ça c'est la banlieue, la province c'est ce qui se trouve encore au-delà.
- C'est exotique Pierre. Cependant n'étant pas vaccinée contre le paludisme, je vous propose d'en discuter ici en attendant qu'il nous entende.

La femme laisse errer son regard sur le drapeau tricolore qui flotte mollement au vent sur le toit du grand Palais. 

- Très bien Maryse, de quoi voulez-vous parler ?
- Des Apathies !
- Maryse, il est illogique de commencer par la fin. Ne devriez-vous pas présenter votre sujet, développer les hypothèses, et conclure brillamment en utilisant le mot Apathie au pluriel devant un auditoire émerveillé par tant d'audace ?
- Non Pierre. Je préfère faire l'inverse et présenter mon sujet, développer les hypothèses, et conclure brillamment en utilisant le mots Apathie au pluriel devant un auditoire émerveillé par tant d'audace.
Ah d'accord, c'est surprenant mais allons-y je vous écoute.

vendredi 12 juin 2015

épilepsie et permis de conduire



"L'épilepsie et le permis" de conduire est, pour faire simple, un sujet que tout médecin est supposé connaître, et qu'en pratique même les neurologues ne maîtrisent pas bien s'il ne font de l'épileptologie.

Vous vous demandez sans doutes pourquoi tout le monde est concerné ? Parce que légalement tout médecin qui constate ou est informé d'une crise comitiale doit informer le patient des conséquences et de ses obligations légales vis-à-vis du permis du conduire ET noter dans le dossier que cette information a été donnée.

Vous avez bien lu, cela concerne TOUT médecin. Cela implique que si vous êtes un chirurgien et que votre patient fait une crise lors de la visite, que si vous êtes pneumologue et qu'un patient hébergé chez vous faute de place ailleurs fait une crise, ou que si vous êtes médecin traitant et apprenez par hasard que madame X a fait une crise, VOUS DEVEZ le/la prévenir et l'informer.

Et me diront les plus malins : si je ne dis rien, qui le saura ? Hein ? Et bien personne sauf le patient qui, s'il est pris en faute, pourra se retourner contre vous, et ça sera à vous d'apporter la preuve de l'information.

Bon, maintenant que vous avez un peu peur et que vous vous dite : nan mais ça va, j'ai déjà un million de trucs à faire, je vais pas en plus me taper le code de la route ! .. Je vais tenter de vous simplifier le problème à l'extrême.

Soit ça vous intéresse et le document ci-dessous vous donne quelques infos, soit cela ne vous intéresse pas, et vous bottez en touche en disant à votre patient : de toute façon c'est pas moi qui décide, c'est un médecin de la préfecture que vous devez consulter. Si vous ne le faites pas, vous ne serez pas couvert pas vos assurance en cas d'accident.

Si ça vous intéresse, voici comment se servir de ce document.

Une crise d'épilepsie est, au sens de la loi, est un phénomène grave qui entraine systématiquement une inaptitude à la conduite de durée variable. Cette durée dépend du type et de la fréquence des crises, et du type de permis de conduire. Sur le recto, vous avez un tableau qui permet de déterminer cette durée. Ce n'est pas vous qui prononcerez l'inaptitude mais une commission médicale nommée par le préfet. Parc contre, c'est vous qui aurez à en gérer les conséquences. Celle-ci peuvent être dramatiques pour certains, comme par exemple les chauffeurs de bus, qui sur une seule crise spontanée, peuvent se retrouver sans emploi pendant 5 ans.

Pour préparer le terrain, vous trouverez sur le verso, ce que chaque permis permet de faire. On sous-estime ce qu'un permis B autorise.

Enfin, pour vous aider lorsque le patient commence à se poser des questions, vous trouverez toujours au verso, un échantillon des questions réponses le plus fréquentes.





Bonne lecture. Selon vos commentaire, j'apporterai des précisions supplémentaire si nécessaire dans le corps de ce billet.