vendredi 30 octobre 2015

Le rouge est bleu comme une orange




Tout commence par une prise de tête philosophique, se poursuit par de la biologie bêtement mécanique et se termine par tout une autre perception de certains troubles du spectre autistique et schizophrénique.

D'abord, la prise de tête philosophique que je vais résumer très vite parce que d'une part, je ne suis pas philosophe et que d'autre part, je tiens à garder ma tête : ce qui est hors de nous existe-t-il ? Oui, je sais la question a l'air débile, mais figurez-vous que c'est un sujet philosophique abordé depuis au moins le III eme siècle avant notre ère. A l'époque d'ailleurs cette question avait été abordée par un certain Pyrrhon dont la pensée était : "...puisque ne nous pouvons être sûrs ni de l'existence ni de l'inexistence de quoi que ce soit, mieux vaut fermer sa gueule (aphasie) et pas se prendre la tête (ataraxie)...". Je vous passe les avis de Descartes, Kant etautres là-dessus, pour vous dire qu'il existe une théorie philosophique nommée Solipsisme, selon laquelle, en dehors de votre conscience, rien n'existe. Pour le dire autrement, si j'étais solipsiste, pendant que je rédige ce billet, la seule chose réelle serait moi, tout le reste, mon bureau, mon PC, les plantes vertes, la terre, l'univers et le garde-barrière ne seraient que le pur produit de mon imagination. C'est un peu comme vivre dans matrix, mais sans matrice.

Alors on pourrait se dire que le plus sain et de laisser nos amis philosophes tranquilles, et se retirer tout doucement sur la pointe des pieds pour pas les déranger (ce qui est paradoxal car puisque non n'existons pas, on voit pas bien en quoi on les dérange), et aller se prendre un verre. Sauf que, cette théorie est… d'une certaine façon… vraie. Non si, je vous assure, j'ai bien pris mes gouttes ce matin, et je maintiens, il y a une part de vérité.

mercredi 14 octobre 2015

Bilan de démence


L'idée de ce type de billets est de vous donner le bilan minimal et nécessaire à faire dans certaines situations cliniques (ça c'est facile, n'importe quel bouquin ou site internet le fait), de vous hiérarchiser et de vous expliquer pourquoi il faut faire (ou non) ces examens….Je sens un léger doute s'installer en vous en tentant de comprendre ce que cela a de si original. Je vais vous donner un exemple : monsieur X dit qu'il a mal à la tête. Vous lui demandez de préciser, et monsieur X dans un effort surhumain vous explique que c'est un peu, quoi que pas tout à fait, comme un mal de tête. Vous voilà bien embêté. Faut-il faire une comme si vous n'aviez rien entendu ? Faut-il prévoir d'emblée une biopsie cérébrale en neurochirurgie ? Faut-il prescrire un ionogramme pour gagner du temps ? Faut-il interroger les viscères d'un poulet ? Et si oui, quel est le niveau de preuve de la gallinacéologie ?

Si les choses sont plus claires, attaquons le : diagnostic et bilan d'une démence de novo.

Tout d'abord il faut bien définir de qui (quels patients) et de quoi (quels symptômes) on parle. On va discuter du cas le plus fréquent : un homme ou une femme antérieurement sain. Cela signifie qu'il n'y a pas d'antécédents de je ne sais quelle pathologie chronique génétique ou acquise (donc pas d'antécédents de retard mental, de lésion cérébrale, de trauma crâniens, ou de toute maladie métabolique, toxique, tumorale, psychiatrique ou dégénérative connue, dont l'évolution se fait naturellement vers la démence). On est donc devant quelqu'un qui allait bien et qui se plaint de troubles cognitifs ou dont l'entourage a constaté qu'il ou elle a des troubles cognitifs non brutaux.

Cette limitation est importante car c'est elle qui explique qu'on ne va pas partir d'emblée sur un dosage d’anticorps inconnu.

Dans les bouquins classiques, devant une telle situation, il est écrit qu'on doit réaliser un MMSE, une imagerie et le mythique bilan bio de démence dont personne ne sait très bien ce qu'il comprend et dans lequel on met en vrac des vitamines, de la syphilis, un peu de VIH et parfois un ponction lombaire avec des biomarqueurs dont la fonction est divinatoire (très proche des  entrailles de poulet).