samedi 22 octobre 2016

Arva vacua



Je ne connais pas assez les autres spécialités, mais pour ce qui est de la mienne, aucun neurologue à ma connaissance ne peut affirmer en connaître toute l'étendue.
Comprenons-nous bien, ceci ne signifie pas seulement "ne pas être bon" dans chaque sur spécialité (Parkinson, épileptologie, vasculaire), cela veut dire ne réellement pas connaitre certains domaines….même pas un peu. Quand je dis ça à des non neurologues ils sont assez surpris et se demandent ce qui peut justifier cette affirmation d'une inculture assumée sans stress. Cela tient à la neuro anatomie. Le grand bluff des études médicales c'est de présenter le système le système nerveux, et le cerveau en particulier, commun un organe (certes un peu complexe). En fait il n'y a rien de plus faux.


samedi 15 octobre 2016

Violence et agressivité.





Ces deux états émotionnels sont complexes, d'autant plus qu'un nombre incalculable d'auteurs n'ayant aucune culture médicale ont des avis bien tranchés sur la question. Je n'ai rien contre les psychanalystes (en fait contre eux, si), les philosophes (eux c'est plutôt un conseil : la drogue c'est mal), les sociologues, les ethnologues ou les coachs en management du conflit, mais soyons honnêtes, ce n'est pas parce que j'aime les sushis que ça me qualifie pour discuter de l'art de la poésie dans la région d'Okinawa au XIIe siècle.

Alors pour ne pas laisser dire tout et n'importe quoi par n'importe qui, voyons les bases.


jeudi 13 octobre 2016

Vertiges

"...Une partie de son cerveau lui disait qu'il savait parfaitement bien ce qu'il était en train de contempler et ce que représentaient ces formes, tandis qu'une autre refusait au nom de la raison d'embrasser pareille idée et abdiquait toute responsabilité en cas de poursuite de la réflexion dans ce sens..." - Douglas Adams - Guide du routard galactique -



Une des questions philosophiques les plus débattues en ce début du XXI e siècle est sans conteste celle de savoir s'il vaut mieux être bi-classé ou atteindre des niveaux légendaires dans une seule classe (si vous ne comprenez rien à cette introduction, passez directement au début du billet). Evidemment ce débat est complexe, et ce d'autant plus que la nature interdit certaines combinaisons. Dans l'univers d'ADD2(si si, y en a encore qui y jouent), être Paladin barre la route à la nécromancie, tout comme dans l'univers alternatif dans lequel nous vivons, dermatologue barre la route à l'orthopédie. Il y'a à l'inverse des classes proches : clerc / magicien ou anesthésie / réa, et enfin des combinaisons très difficiles à jouer au début mais qui provoquent une grande admiration à haut niveau : clerc / guerrier ou neuro / ORL. J'ai un immense respect pour les neuroORL (et pour les neuroOphtalmos) principalement parce qu'ils étudient des fonctions cérébrales dont personne au sein de neuros ou des ORL n'a ne serait-ce que le début d'une vague idée de ce à quoi elle peuvent servir, sans même parler de leur localisation anatomique.
Dans cet ensemble mystérieux, il y'a tout un tas de phénomènes dont vous n'entendrez jamais parler, et puis il y a les VERTIGES. Notons qu'écrire VERTIGE en majuscule est indispensable pour traduire le fait que pour un neurologue, voir passer une demande d'avis pour VERTIGE déclenche deux phénomènes : sous le choc, le premier réflexe est de dire :"allez voir un ORL", et, lorsque la réponse est :"l'ORL a dit que c'était central", insulter la création dans son ensemble. Bon bref on n'aime pas ça. Mais comme nous ne sommes pas les seuls à ne pas aimer, voilà un guide de survie face à un vertige, avec pour la peine, de la clinique, de la clinique et puis un peu de clinique…. Et un poil de neuroanatomie parce que tout neurologue a une réputation d'incompréhensibilité à défendre.

samedi 1 octobre 2016

Concentré de plaisir



Solidement campé sur ses deux jambes, les bras croisés, la nuque tendue, les yeux rougis par l'effort de concentration qui bloque ses clignements de paupières, monsieur Jean regarde fixement l'écran de la télé. Cet après-midi monsieur Jean veut replanter son gazon que la sécheresse de l'été a ravagé, et qui se résume pour l'instant à un espace plan couvert d'un tapis desséché de brins fillasses marrons. Et comme tout le monde le sait, il ne fait pas planter par temps de pluie. Et monsieur Jean lui, il ne veut pas de la pluie. Alors Jean il fixe la télé pour voir le temps qu'il fait. Si Jean est tendu, ce n'est pas simplement parce qu'il acheté une boite de semences "pelouse pour terrain de sport" alors qu'il voulait acheter une boîte "pelouse pour activité intensive", et qu'il se demande si l'herbe sera identique… C'est aussi parce que ça fait trois fois qu'il regarde le bulletin météo sur la chaîne d'infos continues que diffuse sa télé, sans réussir à se souvenir de l'info météo.

Entre nous, il a toujours été comme ça monsieur Jean. Il y a des trucs dont il ne réussit jamais à se souvenir, même quand c'est important. Et on ne parle pas simplement des clés qu'il ne trouve pas le matin, de la voiture dont parfois il oublie le lieu où elle est garée, le chèque mis sur la table de la cuisine qu'il oublie d'envoyer, la boîte de croquettes pour girafe à poils longs qu'il oublie d'acheter… On parle aussi de trucs hyper importants, comme dans son job d’agent logistique dans une entreprise de vente en ligne, où il doit collecter des articles dans des rayons, afin de préparer une commande. Pourtant, quand il bosse, tout est fait pour que monsieur Jean ne se trompe pas : il a un nom désignant l'article avec une adresse et un code barre. Monsieur Jean doit prendre l'article à l'emplacement indiqué, scanner le code-barres de l'objet, scanner le code-barres de la liste, et si les deux concordent placer l'objet dans un panier avant de chercher le suivant inscrit sur la liste. Le risque d'erreur est nul puisque l'objet est clairement identifié, que monsieur Jean est obligé de regarder ce qu'il prend, et qu'en cas d'erreur, lors de la double vérification des codes-barres, une alarme retentit si les deux références ne concordent pas. Et pourtant Monsieur Jean continue à se tromper plusieurs fois par mois. Et sans une deuxième vérification de la concordance des deux codes-barres par un autre collègue juste avant l'expédition, il est probable qu'un nombre important de clients de son entreprise se verraient expédier un livre sur la reproduction des pingouins à la place de la version "livre à colorier" de la critique de la raison pure.

Monsieur Jean se rassure comme il peut en se disant qu'il n'est pas le seul. D'ailleurs le taux d'erreur dans son entreprise avoisine le pourcent, et sa direction cherche désespérément un moyen de le réduire pour augmenter la productivité. Ils ont d'ailleurs tout essayé sans succès : la coercition (une diminution d'une prime à chaque erreur commise), la récompense (une augmentation de la prime pour chaque période de travail sans erreur), l'émulation (l'employé du mois sans erreur), et même le jeu (une récompense instantanée et de valeur croissante au-delàs d'un nombre aléatoire de scan de codes-barres concordants). Mais rien n'y fait, il existe toujours un taux d'erreur incompressible.

Je ne doute pas un instant que vous trouviez cette histoire fascinante, mais peut-être vous demandez-vous quel est le lien avec la neurologie. C'est simple, cette histoire évoque le problème de nos capacités ou plutôt de notre incapacité de concentration.