mercredi 23 décembre 2015

Nœuds au cerveau




C'est les fêtes, et qui dit Noël et Nouvel An dit déjeuners, goûters, dîners où l'on parle, selon les circonstances, de tout, de rien, ou des deux. Si vous avez un stock d'anecdotes inépuisable sur les aventures de votre chat ou de votre enfant en bas âge… où des deux, ce billet ne vous sera que peu utile. Par contre, si vous ne savez jamais quoi dire, ou quoi répondre à la question : "et toi, avec toutes tes millions d'années d'études tu racontes quoi ?", ou encore, si pendant un de ces repas vous êtes indirectement comparé à un ou une super machin (vous savez ces gens qui savent tout sur tout car ils sont allés partout grâce à leur intelligence, leur beauté et leur spiritualité…), voilà un mini sujet pour vous faire briller en société.




mercredi 2 décembre 2015

Theory Of Mind



L'air est froid, sec, vif diront certains, et les brins d'herbe se cassent sous le pas pressé de Maryse. Elle va devoir une nouvelle fois faire preuve d'empathie pour négocier avec la direction des achats de l'APHP un nouveau crayon papier. Le dernier n'a tenu que deux ans et elle sait que sa demande est extrêmement extravagante, même venant d'une PUPH. En montant les marches qui mènent au petit local abritant la direction des achats, elle croise Pierre qui vient lui aussi faire une demande de renouvellement de matériel : son tampon encreur l'a lâché après vingt ans de bons et loyaux services. Ils se saluent à peine, chacun étant plongé dans ses arguments, contre arguments et stratégies pour convaincre le préposé au non (son job est de toujours tout refuser, en particulier si la demande est justifiée et urgente). Pendant que le préposé leur fait prendre un ticket et leur demande d'attendre leur tour, tous deux s'installent sur un petit banc. Ils sont seuls à attendre. Le panneau indique que le numéro 4 est appelé. Avec un bref coup d'œil à Maryse voit qu'elle a le numéro 2156 et Pierre le 2157. Le préposé ne faisant défiler les numéros qu'à raison d'un toutes les cinq minutes, Maryse se rend compte que l'attente va être longue. Elle va devoir engager la conversation avec Pierre, ce qui, l'expérience aidant, est la certitude pour elle d'avoir une migraine carabinée dans les deux heures.


vendredi 20 novembre 2015

Quand le placebo est supérieur au placebo



Dans un précédent billet http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2013/12/les-stats-simples-pour-comprendre-ce.html j'ai tenté d'expliquer comment on peut, selon la façon dont on vous présente les résultats d'études, vous faire croire, sans vous mentir, qu'un produit est extraordinairement efficace alors qu'au mieux il a un vague et anecdotique effet positif à peine perceptible. Et je vous ai conseillé de vous fier à l'amélioration du risque absolu (ou du NNT pour plus de clarté) plutôt qu'au risque relatif.

Je vous propose dans ce nouveau billet d'essayer de comprendre pourquoi on ne doit pas comparer des résultats d'efficacité de molécules différentes si cette comparaison ne s'est pas faite dans le même essai thérapeutique et, en bonus, de regarder comment et pourquoi l'efficacité d'une même molécule peut varier dans le temps (et en bonus de bonus, de voir une des erreur d'analyse les plus fréquente qui plombe même le très respectable journal d'opinion "ne pas prescrire").

vendredi 30 octobre 2015

Le rouge est bleu comme une orange




Tout commence par une prise de tête philosophique, se poursuit par de la biologie bêtement mécanique et se termine par tout une autre perception de certains troubles du spectre autistique et schizophrénique.

D'abord, la prise de tête philosophique que je vais résumer très vite parce que d'une part, je ne suis pas philosophe et que d'autre part, je tiens à garder ma tête : ce qui est hors de nous existe-t-il ? Oui, je sais la question a l'air débile, mais figurez-vous que c'est un sujet philosophique abordé depuis au moins le III eme siècle avant notre ère. A l'époque d'ailleurs cette question avait été abordée par un certain Pyrrhon dont la pensée était : "...puisque ne nous pouvons être sûrs ni de l'existence ni de l'inexistence de quoi que ce soit, mieux vaut fermer sa gueule (aphasie) et pas se prendre la tête (ataraxie)...". Je vous passe les avis de Descartes, Kant etautres là-dessus, pour vous dire qu'il existe une théorie philosophique nommée Solipsisme, selon laquelle, en dehors de votre conscience, rien n'existe. Pour le dire autrement, si j'étais solipsiste, pendant que je rédige ce billet, la seule chose réelle serait moi, tout le reste, mon bureau, mon PC, les plantes vertes, la terre, l'univers et le garde-barrière ne seraient que le pur produit de mon imagination. C'est un peu comme vivre dans matrix, mais sans matrice.

Alors on pourrait se dire que le plus sain et de laisser nos amis philosophes tranquilles, et se retirer tout doucement sur la pointe des pieds pour pas les déranger (ce qui est paradoxal car puisque non n'existons pas, on voit pas bien en quoi on les dérange), et aller se prendre un verre. Sauf que, cette théorie est… d'une certaine façon… vraie. Non si, je vous assure, j'ai bien pris mes gouttes ce matin, et je maintiens, il y a une part de vérité.

mercredi 14 octobre 2015

Bilan de démence


L'idée de ce type de billets est de vous donner le bilan minimal et nécessaire à faire dans certaines situations cliniques (ça c'est facile, n'importe quel bouquin ou site internet le fait), de vous hiérarchiser et de vous expliquer pourquoi il faut faire (ou non) ces examens….Je sens un léger doute s'installer en vous en tentant de comprendre ce que cela a de si original. Je vais vous donner un exemple : monsieur X dit qu'il a mal à la tête. Vous lui demandez de préciser, et monsieur X dans un effort surhumain vous explique que c'est un peu, quoi que pas tout à fait, comme un mal de tête. Vous voilà bien embêté. Faut-il faire une comme si vous n'aviez rien entendu ? Faut-il prévoir d'emblée une biopsie cérébrale en neurochirurgie ? Faut-il prescrire un ionogramme pour gagner du temps ? Faut-il interroger les viscères d'un poulet ? Et si oui, quel est le niveau de preuve de la gallinacéologie ?

Si les choses sont plus claires, attaquons le : diagnostic et bilan d'une démence de novo.

Tout d'abord il faut bien définir de qui (quels patients) et de quoi (quels symptômes) on parle. On va discuter du cas le plus fréquent : un homme ou une femme antérieurement sain. Cela signifie qu'il n'y a pas d'antécédents de je ne sais quelle pathologie chronique génétique ou acquise (donc pas d'antécédents de retard mental, de lésion cérébrale, de trauma crâniens, ou de toute maladie métabolique, toxique, tumorale, psychiatrique ou dégénérative connue, dont l'évolution se fait naturellement vers la démence). On est donc devant quelqu'un qui allait bien et qui se plaint de troubles cognitifs ou dont l'entourage a constaté qu'il ou elle a des troubles cognitifs non brutaux.

Cette limitation est importante car c'est elle qui explique qu'on ne va pas partir d'emblée sur un dosage d’anticorps inconnu.

Dans les bouquins classiques, devant une telle situation, il est écrit qu'on doit réaliser un MMSE, une imagerie et le mythique bilan bio de démence dont personne ne sait très bien ce qu'il comprend et dans lequel on met en vrac des vitamines, de la syphilis, un peu de VIH et parfois un ponction lombaire avec des biomarqueurs dont la fonction est divinatoire (très proche des  entrailles de poulet).

mardi 22 septembre 2015

Cytochrome p450 I : on comprend vite mais il faut le lire lentement




Voici un premiere billet d'une série sur les cytochromes en médecine. L'idée de cette série c'est de démystifier ce cytochrome p450 dont on on parle souvent sans très bien (et en ce qui me concerne, pas du tout), comprendre ce que c'est à part compliquer les prescriptions médicamenteuses.

Ce billet présuppose que vous savez déjà que le cytochrome p450 et un co-enzyme que l'on nomme cytochrome, car il appartient à un type particulier de molécules qui changent de couleur selon leur état d'oxydation et qu'on le qualifie de p450 en raison de ses propriétés en spectroscopie. Si tout cela vous échappe complètement, et bien que cela ne soit pas indispensable pour la suite, je vous conseille la lecture du billet consacré à l'histoire des cytochromes sur le blog etunpeudhisoire.blogspot.fr (que vous trouverez ici : http://etunpeudhistoire.blogspot.fr/2015/09/1844-1952-la-decouverte-des-cytochromes.html)


Si vous êtes prêt (et à jour), vous pouvez soit lire tout ce billet si vous avez le temps, soit passer directement à la partie II pour les informations essentielles. 



mardi 8 septembre 2015

P.R.E.S.



Depuis toujours en médecine il y a des effets de mode. C'est pratique les effets de mode parce que ça permet de ressortir des vieux trucs oubliés au fond d'un placard pour susciter la convoitise des plus jeunes. Le P.R.E.S. (posterior reversible encephalopathy syndrome) c'est pareil. C'est un vieux truc à moitié oublié dont seuls quelques gyneco-obstétriciens se souvenaient sous sa forme des crise d'éclampsie (***) et qui revient sur le devant de la scène pour (presque) faire la une de l'équivalent scientifique et neurologique de ELLE : le Lancet Neurology volume 14 de septembre 2015 page 914.

vendredi 28 août 2015

cas clinique 032014 - à propos d'une toux


Petit cas clinique trouvé dans un vieux dossier. Comme d'habitude vous avez toutes les infos disponibles dans le dossier, il ne reste plus qu'à trouver les réponses -

mercredi 19 août 2015

Confusion et démence

Niveau de difficulté 2/5



Un grand hôpital, des bâtiments du XIXe siècle un peu délabrés, les bruits de la ville au loin et des froissements d'ailes de pigeon au prés, une odeur de ragoût hospitalier dans l'air…. Pierre et Maryse discutent dans une pièce.

Pierre est un peu confus. Entre chacune des six thrombolyses qu'il a effectué cette nuit, il a rempli des demandes trajectoires, ce qui, même pour un professeur aguerri aux raffinements d'internet explorer 4 sous Windows 95, reste un défi. Il le dit d'ailleurs à Maryse (qu'il est un peu confus dans sa tête).

Maryse est en forme. Hier soir elle a torturé mentalement une responsable de l'A.R.S. innocent, et elle a appris qu'il avait demandé à être hospitalisé ce matin pour dépression, idée noires et mésestime de soi. Elle sait que c'est mal, mais ne peut s'empêcher de jubiler.
  • Pierre ? 
  • Oui Maryse ? 
  • Je me demande si un jour, l'âge venant, vos capacités cognitives vont décliner ? 
  • Et pourquoi plus moi que vous ? 
  • Parce que vous avez un facteur de risque évident, vous êtes un peu confus ce matin. 
  • Ah…oui…je vois ! Alors sachez Maryse que se sentir confus est une expression, c'est du second degrés, et que d'autre part, confusion et démence n'ont rien à voir. 
  • Je ne vous comprendrai jamais Pierre avec vos histoires de second degrés. Mais sachez que pour ce qui est de distinguer les deux troubles, un article de Lancet neurology d'Aout 2015 volume 14 page 823-832 vous contredit. 
  • Ah ? 
  • Oui ! 


mercredi 12 août 2015

Dyskinésies, dystonies, chorées, ballisme d’apparition brutales

Guide de survie des urgences neurologiques



DE QUOI PARLE-T-ON ? 

De ces mouvements anormaux par excès qui sont rares, très faciles à diagnostiquer et à traiter si vos souvenirs de clinique neurologique sont bons et votre interrogatoire correcte. 

lundi 10 août 2015

Catatonies malignes

Guide de survie des urgences neurologiques


Commençons par une info : si vous en voyez une un jour, vous faites partie d'un ensemble de praticiens aussi peu nombreux que ceux qui ont vu de leurs yeux vu le monstre du Loch Ness. Ce n'est pas une entité rare, c'est pire. Il n'y a même pas de statiques d'incidence. Alors pourquoi en parler ? Parce que justement si ça vous tombe dessus vous aurez au moins quelques infos.

DE QUOI PARLE-T-ON ?

D'une variante aigue et brutale d'une entité en elle-même moins rare : la catatonie. La catatonie est un ensemble de symptômes et syndromes (les vieux nosologistes se retournent dans leur tombe quand on invoque ce concept) principalement psychiatriques SAUF, sauf, sauf, qu'un certain nombre de ces signes sont neurologiques purs. La catatonie est un rare exemple survivant de pathologie neuro-psychiatrique.

vendredi 7 août 2015

Céphalées liées aux activités sexuelles.

Guide de survie des urgences neurologiques



DE QUOI PARLE-T-ON ?

De céphalées qui touchent hommes et femmes, avant, pendant, ou juste après une activité sexuelle. Motif fréquent de consultation, les rares statistiques disponibles estiment que ce phénomène peut toucher 4% des hommes et 1% des femmes entre 25 et 64 ans. Ces statistiques n'incluent pas les céphalées sexuelles secondaires, c’est-à-dire concomitante à la prise d'une drogue récréative ou d'un traitement. On associe également à cet ensemble les céphalées calmées par l'activité sexuelle mais c'est un motif de consultation…rare. Point de vocabulaire, on parle d'activité et non pas de rapport car l'activité commence à un alors que le rapport nécessite d'être au moins deux.

jeudi 6 août 2015

Syndrome malin des neuroleptiques

Guide de survie des urgences neurologiques



DE QUOI PARLE-T-ON ? 

Des conséquences d'une intoxication aux neuroleptiques OU (et ce ou est essentiel car on l'oublie souvent), des conséquences d'une déplétion en dopaminergique.

Cela concerne tous les neuroleptiques, même les atypiques qui en théorie n'en donnent pas. Son incidence est faible (3% chez les patients traités) mais peut entraîner le décès dans 22% des cas. Il se manifeste par un syndrome extra-pyramidal à prédominance akinéto-rigide associé à une hyperthermie sans syndrome infectieux. 

mercredi 5 août 2015

Les akinésies aiguës dans la maladie de Parkinson

GuidGuide de survie des urgences neurologiques


DE QUOI PARLE-T-ON ?

Deux urgences neurologiques en une. La patient dont la maladie de Parkinson est connue et dont le traitement a été brutalement interrompu, et le patient Parkinsonien qui prend toujours son traitement.

mardi 4 août 2015

Les traitements antiépileptiques en tableaux

Si vous êtes arrivé sur cet article, c'est que vous avez suivi ce lien http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2014/02/les-traitements-anti-epileptiques.html
(normalement), sinon, et bien toutes mes félicitions, voici êtes tombé sur un résumé de tout ce que vous devez savoir pour survivre face à un traitement antiépileptique.

Les traitements anti épileptiques

 - VERSION FEVRIER 2017 -

Pour un accès direct aux tableaux résumant l'essentiel, voir ici : http://etunpeudeneurologie.blogspot.fr/2016/10/les-traitements-antiepileptiques-en.html



d’abord un café…


Pas la peine de se mentir, les traitements antiépileptiques, personne ne sait par quel bout les prendre. Tout le monde en connaît quelques-uns, tout le monde sait vaguement, qu’ils sont compliqués à instaurer, compliqués à arrêter, qu’ils interagissent avec tout et n'importe quoi, et surtout, personne ne comprend vraiment les différences qui existent entre eux. Le résultat est que tout le monde en connaît un ou deux pas trop complexes à prescrire (en général, le KEPPRA ou la DEPAKINE) et les colle partout en attendant que le neurologue fasse le tri.

L’idée de ce doc est de vous simplifier tout ça. Mais pour que ce soit plus simple, va falloir être un peu attentifs.



mercredi 29 juillet 2015

Les douleurs sympathiques



Il arrive souvent qu'en discutant des symptômes de certains patients, ou même des symptômes qu'on peut avoir soi-même pour quelque pathologie que ce soit, on se dise : c'est impossible.
Il est impossible qu'une infection urinaire (sans germes) se manifeste par des douleurs de l’hypocondre droit sensible à la pression (même en étant très très très mal formé), il est impossible d'avoir une douleur pulsatile péri-ombilicale et sus épineuse synchrones dans les deux régions, il est impossible, d'avoir une toux qui provoque un acouphène et une diarrhée, et je vous parle même pas de la fameuse douleur musculaire qui part de l'oreille, pour finir dans le gros orteil, en passant par le périnée…
Tout ça est impossible parce que ça ne correspond à aucune logique anatomique, aucune proprioception, aucun territoire neurologique central ou périphérique, aucune pathologie vasculaire, aucune… Bref vous avez compris l'idée : ça n'existe pas parce qu'on ne nous a jamais appris ça.
Une preuve supplémentaire de l'absence totale d'organicité de ces troubles est que les personnes qui en souffrent sont plus souvent que les autres considérée péjorativement comme "sensibles", "émotives", "somatoformes", "plaintives chroniques" ou "hystériques".
Enfin, dernier argument massue en faveur du côté psy de ces troubles, c'est que les thérapies dites douces marchent bien. Et d'ailleurs plus on est proche de la papouillothérapie, plus ça à l'air de marcher.
Sauf que ces symptômes sont suffisamment fréquents pour que tout le monde les aient expérimentés chez des patients ou sur lui-même, et, qu'a moins de vous définir vous-même comme psy, il doit bien y avoir un truc.
Ce billet a pour objectif de vous monter qu'une partie au moins de ces symptômes complexes correspond à des formes de dysautonomies, que certains peuvent être partiellement systématisés, et que surtout, si on ne comprend pas ces troubles, c’est parce qu’on ne comprend pas très bien comme fonctionne ce troisième système nerveux dont je vous parle dans cette série de billets débutée avec la vie fascinante des méduses.

mardi 28 juillet 2015

hors-série : trucs pour choisir sa ville d'internat.



A la demande expresse de @PyjamaVert et en l’absence de deux consultations, voici mon humble avis sur la liste d’infos à obtenir quand on ne sait pas quelle ville choisir après l’ECN.

Petit rappel du contexte : vous êtes interne (bravo !). C’est mérité car vous avez abandonné le monde des gens normaux qui ne font rien à la plage en bermuda 24h/24 pour vous enfermer dans une grotte sans lumière, chauffage ni eau courante, hypnotisé par l’écran d’un ordinateur ou par vos cours (que vous lisez donc dans le noir car vous êtes surhumain). Vous avez donc appris plein de trucs et maintenant vous vous demandez où vous allez pouvoir mettre en pratique cette masse de choses utiles.

lundi 27 juillet 2015

Neuro Urologie I



Commençons par un aveu : je ne comprends rien à le neuro urologie. C'est comme si dès que ce sujet est abordé en cours, en réunion, en congrès, mon cerveau se mettait en veille. Je suis certains qu'il s'agit d'un mécanisme de protection archaïque : mon cerveau modifie ma perception de la réalité pour m'éviter des dommages graves potentiellement irréversibles. Le problème est que les patients eux s'en plaignent, et que l'esquive qui consiste à leur dire d’aller voir un urologue (vous savez, la spécialité qui prouve qu'à deux lettres près on peut passer à côté du truc le plus intéressant de l'univers connu), cette esquive, est frustrante. Alors aujourd'hui je me lance et je vous fais un billet pour comprendre le lien entre neurologie (génial, infini, pur) et uro (nul, zéro, sale).

vendredi 17 juillet 2015

Hors-série été 2015 - Miss Marpleberry tousse



Préambule

Nous sommes en juillet. C'est bien. Il faut chaud, les vacances sont proches (dans l'avenir ou dans le passé) et il est inutile de se lancer dans de la neurologie trop avancée. Je vous propose plutôt un billet un peu ludique dans lequel les bonus sont plus nombreux et importants que le texte lui-même. Vous allez en plus découvrir de nouveaux personnages dont je vais peut-être me resservir pour remplacer Maryse et Pierre dans les billets sur l'histoire de la neuro.

Ce billet étant ludique (pour un neurologue), après la lecture du texte, le but est de trouver ce qui peut relier les différents éléments suivants:
  • Ernest Duchesne, la découverte de la pénicilline, l'armée française, les melons pourris, le bleu de Gex et Meina Gladstone. 
  • Le manuel Merck, le traitement de la pneumonie, l'apomorphine et Agatha Christie 
  • Pontrefact et la constellation d'Orion, les billets de banques, les photocopieuse et la science-fiction. 
  • L'encyclopédie Ginger's, le Larousse médical illustré et la médecine pour tous. 
  • Comment dater le jour où se déroule cette histoire ? 
  • L'espérance de vie en 1900, les pneumonies et le Sierra Leone. 
Dernier mot avant de vous laisser lire tranquillement, il se peut que vous vous demandiez comment on peut arriver à écrire ce genre de truc. C'est simplement que pour écrire mes autres billets ou faire mes cours je note pas mal de choses dont je ne sais jamais quoi faire. Alors pour cet été j'ai décidé de rassembler quelques infos disparates, de tout concentrer, et de voir ce que cela pouvait donner. 

mardi 23 juin 2015

Syndrome sérotoninergique

Guide de survie des urgences neurologiques




DE QUOI PARLE-T-ON ?

Ce syndrome fait partie des ours. Ceux dont tout le monde a entendu parler, dont beaucoup connaissant quelqu'un qui a vu quelqu'un qui en a vu un, mais qui en pratique restent rare, et dont les signes spécifiques le sont si peu, que la plupart du temps on passe à côté. En français on devrait parler d'intoxication à la sérotonine, ça démystifierait le tableau.

Le problème du diagnostic vient du fait que ce syndrome est polymorphe, n'a pas de lien temporel avec la prise d'une molécules ou d'un ensemble de molécules sérotoninergiques (vous verrez la différence plus bas), n'a pas de critères diagnostiques universels, et ressemble comme un cousin plus que germain au syndrome malin des neuroleptiques, à la réaction (méconnue mais très fréquente) à la tyramine (ou syndrome du fromage, lisez le bonus *), et à certains syndromes carcinoïdes.

Le problème du non diagnostic est encore pire. Des syndromes rares et complexes il en existe beaucoup, mais des syndromes dont le retard diagnostic peut entraîner le décès et qui en plus sont curables il y en a moins, et si c'est vous qui les ratez, vous êtes mal (sans parler du patient).

Alors pour essayer de s'y retrouver voici quelques éléments.

jeudi 18 juin 2015

Apathie



Paris, juillet 2015, 21h00, pont Alexandre III, rive gauche, une longue table en bois, une bière et des parts de pizzas devant un homme au regard vague, un petit verre de vin hors de prix devant une femme au tailleur impeccable et au regard d'acier.

 - Maryse ? 

La femme ne bouge pas. 

- Je pense qu'il nous a oublié ! 

La femme fixe le fond de son verre tout en le tournant entre le pouce et l'index. Dénuées de sens perceptifs, les molécules du breuvage n'en sont pas moins désireuses de poursuivre leur réalité quantique, et, plutôt que de risquer l'annihilation d'un simple regard de la femme, décident de violer les lois de la physique centrifuge en restant dans le verre plutôt que de se renverser.
- Qui ça Pierre ?
- Vous savez bien, le type au nom imprononçable qui retranscrit nos conversations.
- Lui ? On m'a rapporté qu'il s'était fourvoyé dans un guide touristique des allées Versaillaises.
- On devrait peut-être le contacter ! On m'a dit qu'il exerçait la neurologie en province .
- La province ? C'est cet endroit où on part en voyage en RER ?
- Non Maryse, ça c'est la banlieue, la province c'est ce qui se trouve encore au-delà.
- C'est exotique Pierre. Cependant n'étant pas vaccinée contre le paludisme, je vous propose d'en discuter ici en attendant qu'il nous entende.

La femme laisse errer son regard sur le drapeau tricolore qui flotte mollement au vent sur le toit du grand Palais. 

- Très bien Maryse, de quoi voulez-vous parler ?
- Des Apathies !
- Maryse, il est illogique de commencer par la fin. Ne devriez-vous pas présenter votre sujet, développer les hypothèses, et conclure brillamment en utilisant le mot Apathie au pluriel devant un auditoire émerveillé par tant d'audace ?
- Non Pierre. Je préfère faire l'inverse et présenter mon sujet, développer les hypothèses, et conclure brillamment en utilisant le mots Apathie au pluriel devant un auditoire émerveillé par tant d'audace.
Ah d'accord, c'est surprenant mais allons-y je vous écoute.

vendredi 12 juin 2015

épilepsie et permis de conduire



"L'épilepsie et le permis" de conduire est, pour faire simple, un sujet que tout médecin est supposé connaître, et qu'en pratique même les neurologues ne maîtrisent pas bien s'il ne font de l'épileptologie.

Vous vous demandez sans doutes pourquoi tout le monde est concerné ? Parce que légalement tout médecin qui constate ou est informé d'une crise comitiale doit informer le patient des conséquences et de ses obligations légales vis-à-vis du permis du conduire ET noter dans le dossier que cette information a été donnée.

Vous avez bien lu, cela concerne TOUT médecin. Cela implique que si vous êtes un chirurgien et que votre patient fait une crise lors de la visite, que si vous êtes pneumologue et qu'un patient hébergé chez vous faute de place ailleurs fait une crise, ou que si vous êtes médecin traitant et apprenez par hasard que madame X a fait une crise, VOUS DEVEZ le/la prévenir et l'informer.

Et me diront les plus malins : si je ne dis rien, qui le saura ? Hein ? Et bien personne sauf le patient qui, s'il est pris en faute, pourra se retourner contre vous, et ça sera à vous d'apporter la preuve de l'information.

Bon, maintenant que vous avez un peu peur et que vous vous dite : nan mais ça va, j'ai déjà un million de trucs à faire, je vais pas en plus me taper le code de la route ! .. Je vais tenter de vous simplifier le problème à l'extrême.

Soit ça vous intéresse et le document ci-dessous vous donne quelques infos, soit cela ne vous intéresse pas, et vous bottez en touche en disant à votre patient : de toute façon c'est pas moi qui décide, c'est un médecin de la préfecture que vous devez consulter. Si vous ne le faites pas, vous ne serez pas couvert pas vos assurance en cas d'accident.

Si ça vous intéresse, voici comment se servir de ce document.

Une crise d'épilepsie est, au sens de la loi, est un phénomène grave qui entraine systématiquement une inaptitude à la conduite de durée variable. Cette durée dépend du type et de la fréquence des crises, et du type de permis de conduire. Sur le recto, vous avez un tableau qui permet de déterminer cette durée. Ce n'est pas vous qui prononcerez l'inaptitude mais une commission médicale nommée par le préfet. Parc contre, c'est vous qui aurez à en gérer les conséquences. Celle-ci peuvent être dramatiques pour certains, comme par exemple les chauffeurs de bus, qui sur une seule crise spontanée, peuvent se retrouver sans emploi pendant 5 ans.

Pour préparer le terrain, vous trouverez sur le verso, ce que chaque permis permet de faire. On sous-estime ce qu'un permis B autorise.

Enfin, pour vous aider lorsque le patient commence à se poser des questions, vous trouverez toujours au verso, un échantillon des questions réponses le plus fréquentes.





Bonne lecture. Selon vos commentaire, j'apporterai des précisions supplémentaire si nécessaire dans le corps de ce billet. 

vendredi 29 mai 2015

In memoriam Valproate



Suite à la décision de l’ANSM de modifier les conditions de délivrance des médicaments contenant de l’acide valproïque, j’ai reçu plein de demandes de renseignements sur les conduites à tenir, en particulier lorsque la consultation avec un neurologue est compliquée. La diversité des situations est considérables et il donc absurde, voir dangereux de proposer une conduite à tenir unique, mais voilà quelques infos qui peuvent vous aider. 

lundi 18 mai 2015

Les temps et le cerveau




Aujourd'hui est un jour entre deux, un non temps, et c'est la troisième fois ce mois de mai 2015. Le moment est donc idéal pour causer du TEMPS en neurologie.

Je vais tenter de vous décrire brièvement la façon dont on (pronom neutre qui n'inclut pas le narrateur) pense que le cerveau se débrouille pour percevoir le temps qui passe.

Mais tout d'abord, comme il est plus facile de réfléchir en musique, voici un air d'opéra connu :




mardi 14 avril 2015

cas clinique 02 2014




Voix calme, empathique froide "ten."

Monsieur Jean est un homme de cinquante-cinq ans. Après un parcours universitaire chaotique, et des expériences professionnelles très diverses, il a fondé une entreprise de conseils en communication. Son entreprise, dont il est le seul employé, a du succès. Monsieur Jean est un excellent orateur. Il a cette capacité à transmettre des informations complexes avec un certain humour qui les rend plus digestes. Il est également capable d'adapter son niveau de langue à ses interlocuteurs, faisant de lui un excellent conseiller pour des personnels d'accueil à la formation scolaire limitée, tout en restant un excellent conseiller pour des cadres commerciaux de grosses entreprises. Pour résumer le talent de Monsieur Jean, on pourrait dire qu'il vit de son éloquence.

Voix calme, empathique froide "nine."

Les ennuis de Monsieur Jean semblent avoir débuté il y a environ cinq ans. Sans s'en rendre compte, son discours est devenu plus complexe et, pour la première fois de sa vie professionnelle, ses clients lui ont dit qu'ils avaient parfois du mal à le suivre. Pour essayer d'identifier ce qui pouvait lui être reproché, Monsieur Jean a commencé à enregistrer ses interventions. Il est toujours difficile de se juger soi-même, mais Monsieur Jean ne pouvait qu'être d'accord avec les remarques qui lui avaient été faites : la hiérarchie de ses discours était très structurée mais certaines tournures de phrases étaient alambiquées. Pour être exact, alors qu'il avait toujours essayé d'avoir un discours fait de phrases simples (sujet, verbe, complément) ne portant qu'une idée à la fois, ses phrases devenaient étranges avec l'utilisation de formes grammaticales imbriquées les unes aux autres. Monsieur Jean avait l'impression d'écouter un speaker radiophonique des années 30.

samedi 11 avril 2015

Aide mémoire première consultation après un AVC



Dans la série des guides en tout genres, voici un document recto verso qui est un mélange entre une fiche pratique, des recommandations savantes et tout un tas d'autres sources pour en faire une sorte de fiche utilisable facilement. FACILEMENT parce qu'au premier abord la quantité de texte peut impressionner, mais il n'y a pas tout à lire dans son usage courant. Comme d'habitude n'hésitez pas à corriger, compléter ou poser des questions.

et pour une fois, voici une version PDF (en test) https://drive.google.com/file/d/0B49_alViJazmX0JKSlJSTFVXSUE/view?usp=sharing

vendredi 13 mars 2015

Céphalées dites d'Arnold et autres nevralgies cervicogéniques

Si j’étais taquin, je commencerais ce billet par la fin, en disant que les névralgies d’Arnold sont des sciatiques de la tête qui doivent se traiter comme telles. En même temps, en écrivant cela je sens confusément que ça ne va pas vous suffire et que vous êtes avides de trucs compliqués, de termes inconnus, d’anatomie étrange et de solutio..non je plaisante, on est en neuro quand même.




vendredi 20 février 2015

traitements des douleurs neuropathiques

 La douleur neuropathique c’est compliqué. C’est compliqué parce que le terme est vague, c’est compliqué parce que la perception de la douleur est différente selon les individus, et pour un même individu selon son état cognitif et émotionnel, et c’est compliqué parce que ça ne se voit pas et se mesure au doigt mouillé. C’est si compliqué que bien que ce soit une composante du système nerveux, on confie ça aux algologues.

Alors pour faire moins compliqué, disséquons-ça en petit morceaux facilement ingérables.

Je vous propose de faire un petit tour de : « qu’est-ce qu’une douleur neuropathique quand on n’a pas quatre ans devant soi pour comprendre », puis de voir ce qui existe comme traitements, de discuter du niveau de preuve de chacun, et de terminer par une conduite à tenir thérapeutique rapide.




vendredi 30 janvier 2015

mercredi 21 janvier 2015

fiche therapeutique DABIGATRAN

Comme tous les services hospitaliers de France de l'univers, deux ou trois fois par an les gens se disent que ce qui nous manque vraiment , c'est des fiches pour.... ça n'a aucune importance, il faut des FICHES, pleins, plus, partout.

Notre dernière crise de fichophilie date de la fin de l'année dernière. Et comme cette fois-ci c'est tombé sur moi, je me suis tapé la rédaction d'une fiche à l'usage des prescripteurs sur le DABIGATRAN. Pourquoi lui ? Parce que son utilisation fait débat entre ceux qui parmi nous le classent quelque part entre la fraise tralala et les dragimus, et ceux, qui le manient en tenue NRBC.



vendredi 16 janvier 2015

cas clinique 012014 - mais quand on sait pas on sait.

Les trucs rares ne sont rares que si on ne les cherche pas… le piège étant d’en voir partout par la suite de peur d’un rater un… la solution étant de savoir que ça existe et se donner les moyens de savoir de les reconnaître.

Après cette phrase qu’un chancelier d’un empire galactique imaginaire sachant manier le sabre laser aurait pu dire devant un sénat médusé, je vais essayer d’être plus clair avec un cas clinique un peu commenté.



jeudi 15 janvier 2015

CAT rapide : syndrome des jambes sans repos (SJSR)

Le nom à lui seul semble tout droit sorti d’une version médicale de Walking Dead. Le syndrome des jambes sans repos a pour lui un intitulé qui fait travailler l’imagination : est-ce que ça provoque des pulsions de marathonien ? Va-t-on s’arrêter à temps face à un mur qui approche ? Si ça touche les mains est-ce que ça compte ? Investir dans une roue de hamster à taille humaine reliée à une dynamo pour avoir de l’électricité gratuite, est-ce une option à envisager sérieusement pour ne pas être totalement perdant ?

Pour ne pas répondre à toutes ces questions, voici quelques trucs à savoir.





samedi 3 janvier 2015

IRM III Diffusion Flair ADC et des trucs rigolos.

Je vous propose ci-dessous la suite de l’exploration des images IRM pour les non radiologues avec pour seul but de vous familiariser avec des termes ésotériques que vous pouvez voir dans les comptes rendus, en vous demandant pourquoi le radiologue vous parle mal.

On va voir le FLAIR, la diffusion, la cartographie de restriction ADC, le tenseur de diffusion et de la tractographie. Prenez un coca, il vous faudra au moins ça.